J’ai répondu aux questions d’Atlantico : Sept secteurs d’avenir pour la France : pourquoi il ne suffit pas de les identifier

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Anne Lauvergeon a remis au président de la République un rapport sur les sept secteurs d’avenir pour l’économie française. Mais les Commissions en tout genre, aussi douées soient-elles, sont tout aussi susceptibles de se tromper que les acteurs privés. A la différence près que c’est le contribuable qui paye la facture.

Atlantico : Anne Lauvergeon a remis vendredi 11 octobre un rapport au président de la République sur les sept secteurs d’avenir qui pourraient porter l’économie française. Cette démarche s’inscrit dans la volonté du gouvernement de mettre en place une politique industrielle à la fois volontariste et novatrice. Ce prévisionnisme bien français a-t-il sa place dans une économie qui change de visage pratiquement tous les dix ans ?

Erwan Le Noan : La politique qui consiste à créer une Commission d’experts (dont beaucoup de fonctionnaires ou de dirigeants d’entreprises qui vivent de contrats avec les collectivités) en leur demandant de définir les secteurs d’avenir dans lesquels investir de manière « volontariste » n’est vraiment pas novatrice…

On peut en outre douter de l’exercice : quand les rapports administratifs identifient des secteurs à fort potentiel, il y a des fortes chances que ces tendances soient déjà tellement à l’œuvre que les recommandations arrivent trop en retard…

Enfin, ces Commissions, aussi douées fussent-elles, sont tout autant que les entreprises privées susceptibles de se tromper : la différence majeure est que, dans leur cas, ce sont les contribuables qui assumeront les frais…

Il n’en reste pas moins que la Commission Lauvergeon a certainement de bonnes recommandations, notamment quand son rapport sous-entend que l’Etat doit créer un contexte favorable à l’innovation de manière générale, et que s’il veut investir, il vaut mieux qu’il concentre ses moyens…

Les cas allemands et américains avec General Motors par exemple ont su démontrer qu’une politique industrielle pouvait être efficace. Dans quelles mesures cela peut fonctionner ?

Quand on parle de « politique industrielle », chacun entend ce qu’il veut. Pour caricaturer, certains y voient une politique d’investissement massif de l’Etat dans des grandes entreprises, un peu à la manière gaullo-communiste, en rêvant que demain un géant « champion national » protégé de la concurrence se lèvera, dominera le monde et montrera aux petits Chinois de quoi les Français sont capables. De ce côté-là, on a le rapport Gallois par exemple.

D’autres comprennent qu’il faut créer un environnement macro-économique favorable à la libre-entreprise, quel que soit le secteur, en se remettant aux acteurs privés (et à leur argent) dont les investissements permettront de déterminer les secteurs d’innovation. De ce côté-ci, on a l’excellent livre de David Thesmar et Augustin Landier.

C’est clairement vers cette deuxième vision que la France doit tendre aujourd’hui : l’Etat n’a cessé d’investir dans tous sens. Les interventionnistes disent qu’il le faisait mal et que désormais il le fera mieux… Mais outre qu’on ne voit pas bien comment ce miracle se produirait, l’état de nos finances publiques ne nous permet plus l’erreur…

Le gouvernement gagnerait-il à renforcer sa concertation avec les forces économiques du pays ? Par quels moyens ?

L’économie ne souffre pas aujourd’hui d’un défaut d’intervention publique, mais de son excès. Les forces économiques n’ont pas besoin d’encore plus de concertation avec le gouvernement, mais plutôt qu’il les laisse tranquilles !

Les errements de la France dans ses méthodes de planification peuvent-elles être expliquées par des raisons plus culturelles ?

La France n’a pas toujours été un Etat hyper centralisé où l’Etat joue les Nostradamus. C’est le poids pris par l’action publique à partir de 1945 qui l’a conduite dans cette voie … à l’issue incertaine aujourd’hui. Il en ressort que l’Etat est partout et que les élites administratives et capitalistes sont souvent les mêmes : il y a une collusion d’intérêt malsaine pour l’économie. Il faut rappeler que l’Etat prélève 51 % de la richesse nationale et en dépense environ 57 %.

L’Etat intervient, vraiment, dans tout et pour tout. Il est compréhensible qu’il veuille établir des plans d’investissement. Le problème n’est pas là. Le problème est que, pas plus que les acteurs privés, il ne peut prévoir l’avenir. Si un investisseur privé se plante, c’est son problème ; avec l’investissement public, si l’Etat se trompe, c’est l’ensemble des Français qui en assume les conséquences et pas les décideurs.

Propos recueillis par Théophile Sourdille 

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