Les chiffres publiés par l’INSEE ce matin sur le niveau de vie des Français révèlent, entre autres choses, que les inégalités se sont accrues : « En 2011, les niveaux de vie augmentent uniquement pour la moitié la plus aisée de la population. Pour la moitié la plus modeste, ils reculent, mais moins que les deux années précédentes« .  On notera que cette dynamique s’observe aussi aux Etats-Unis. Est ce vraiment un problème ?

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Infographie des Echos

Evidemment, ça l’est pour ceux dont le niveau de vie recule. Pour ceux, toujours plus nombreux, qui sont affectés par la pauvreté (« La pauvreté continue d’augmenter, mais plus modérément qu’en 2010. Elle concerne 8,7 millions de personnes, soit 14,3 % de la population, contre 14,0 % en 2010« ). Les inégalités sont aussi un problème politique, qui a suscité l’adoption de mesures à l’origine de la crise, pour résumer le livre de Rajan – nouveau patron de la banque centrale indienne.

Mais dans une société qui « fonctionnerait », le vrai problème ne devrait pas être les inégalités … mais l’absence de mobilités. Au fond, qu’importe que les riches soient plus riches, si cela correspond à une récompense de leur talent. Gary Becker et le juge Posner se sont interrogés il n’y a pas longtemps sur l’effet stimulant des inégalités. Un article de Businessweek avait aussi défendu que les inégalités ont du bon. Greg Mankiw a défendu les fameux « 1% » en expliquant que selon lui, leur richesse même extrême était une récompense de l’innovation.

Alberto Alesina avait noté que ce qui différencie l’Europe des Etats-Unis, c’est qu’ici nous croyons que la richesse est impossible pour les plus modestes, que la société est figée, que la réussite est réservée à des happy few et que les dés sont pipés (c’est en somme ce que disent aussi Cahuc et Algan), ce qui nous fait aimer le recours aux taxes et à la redistribution ; aux Etats-Unis, au contraire, on croit que le succès est accessible à tous (même si ce n’est pas si vrai dans les faits) et que le mérite peut y donner accès.

Les riches américains ne sont en effet pas des héritiers, et même ils le sont de moins en moins : la revue Capital Ideas de l’université d’économie de Chicago rapporte que les travaux de Kaplan et Rauh montrent qu’en 2011, environ 32% des riches de la liste « Forbes 400 » venaient d’une famille riche, alors que c’était le cas de 60% d’entre eux en 1982. En 1982, comme en 2011, ils étaient environ 20% a avoir grandi dans un milieu pauvre. En fait, les riches viennent majoritairement des classes moyennes aujourd’hui. Barclay’s avait aussi montré que les plus riches, dans le monde, sont aujourd’hui  des entrepreneurs.

Ce qu’il faut en somme, c’est lutter contre les rentiers, pas les inégalités.

ps : On pourra rappeler que les revenus des personnes les plus riches sont aussi beaucoup plus volatiles.

 

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