Raghuram Rajan vient d’être nommé à la tête de la Banque centrale indienne, comme cela était pressenti (ce blog en parlait ici, avec un portrait réalisé par Bloomberg). L’occasion de revenir un peu sur ses idées…

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Rajan est un économiste de Chicago, régulièrement cité sur ce blog : lorsqu’il constatait l’échec des politiques de relance ou qu’il conseillait de se méfier des populistes keynésiens ; mais aussi lorsqu’il répond aux critiques de Sandel sur le marché et l’argent, ou lorsqu’il explique que démocratie et marché sont liés ; ou encore lorsqu’il critique Nudge qu’il considère comme du paternalisme mal venu. Il a d’ailleurs coécrit un livre avec Zingales, Saving Capitalism from the Capistalists  (pour lire sur Zingales, voir ici et sur ce blog, qui a déjà salué son travail pour montrer que le capitalisme et le libéralisme ne sont pas la même chose).

Rajan est aussi l’auteur d’un excellent livre (Fault Lines, publié en français sous le titre Crise : au-delà de l’économie). La thèse de l’auteur, grossièrement résumée, est que la crise a été générée par un excès de crédit, suscitant des prises de risques inconsidérées, permises in fine par les responsables politiques (Fed et Gouvernement américain) qui agissaient de la sorte pour répondre aux demandes des Américains (liées à un accroissement des inégalités : il est plus facile de leur ouvrir les vannes du crédit que de mener des réformes structurelles) et surtout, surtout, qui se posaient comme des garanties en dernier ressort de toutes les prises de risque. En somme, que la crise a été causée par des prises de risques que les acteurs n’assumaient plus parce que la puissance publique avait, pour des raisons politiques (et de copinage / cronyism – voir ici ou ), décider de les garantir, contre toute logique économique.

Dans la version française, il écrit :

« Le secteur financier privé ne s’est pas tout à coup mis à éditer des prêts au logement pour les individus à faible revenu au début des années 2000 par pur bonté de coeur, pour parce que les innovations financières le lui ont permis – après tout, cela fait un moment que la titrisation existe. Refuser de prendre en compte le rôle joué par les dirigeants, l’Etat et les agences quasi étatique refuse à refuser de voir le nez au milieu de la figure [p.82]. (…) Le renforcement des inégalités de revenus provoqués par l’accès inégal à un enseignement de qualité à créé une pression politique pour davantage de crédits immobiliers. Cette pression est à l’origine d’une ligne de faille majeure qui a perverti le crédit dans le secteur financier. Elargir l’accès aux prêts immobiliers était une façon simple, rapide et populaire de répondre à la perception qu’avait la population des inégalités [p.84]. (…) Je cherche plutôt à souligner qu’avec, d’un côté, des incitations inhérentes au système financier moderne à réaliser des performances de haut niveau et, de l’autre, des dirigeants responsables qui refusent de laisser l’échec du secteur financier couler leurs citoyens, se crée un potentiel de risques de pertes extrêmes et d’effondrements cycliques et coûteux [p.292]« .

La thèse du livre a été exposée par Rajan dans un article de Foreign Affairs (simplifié dans un papier pour Project Syndicate).

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