Voici le texte de questions auxquelles j’ai répondu sur le site Atlantico : Les contraintes imposées par Bruxelles à la France relèvent-elles du simple bon sens ou de la projection d’une idéologie contestable ?. 

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Les contraintes imposées par Bruxelles à la France relèvent-elles du simple bon sens ou de la projection d’une idéologie contestable ?

Alors qu’un délai de deux ans a été accordé à la France pour repasser sous la barre des 3% de déficit, le pays est contraint par Bruxelles de se réformer sur des sujets historiquement verrouillés : retraites, flexibilité du travail ou monopole du marché du rail…

Accusé libéralisme, levez-vous

Publié le 30 mai 2013

L’Union européenne repose sur le principe du marché unique : les libéralisations ont été acceptées par la France à plusieurs reprises lors de l’adoption des textes européens. Crédit Reuters

Atlantico : Les contreparties qu’avait annoncé José Manuel Barroso sont arrivées en même temps que le délai accordé à la France pour ramener son déficit à 3% : réforme du système des retraites, plus grande flexibilité du travail, fin des monopoles « résistants ». Dans quelle mesure ces relèvent-elles d’une logique de bonne gestion ?

Erwan Le Noan : Les réformes demandées par la Commission européenne sont plus que de la bonne gestion, c’est du bon sens. Elles relèvent de deux logiques. La première, c’est d’assurer la soutenabilité de l’économie française, à commencer par les régimes publics : le régime de retraite ne peut pas continuer à fonctionner comme si la démographie était la même qu’autrefois car il n’y a plus assez d’actifs pour financer les pensions ; l’Etat ne peut pas continuer à fonctionner comme s’il était normal d’être en déficit depuis 40 ans ! De manière générale, la France ne peut pas continuer à dépenser autant en gagnant si peu : elle doit dépenser moins et elle doit travailler plus pour produire plus. Rien de révolutionnaire, du rapport Camdessus au rapport Attali, tout le monde le dit depuis des décennies sans que cela ne soit suivi d’effet.

La seconde logique à l’œuvre dans les préconisations de la Commission, c’est l’efficacité et le libre choix ! Nous vivons dans un pays où l’Etat décide de tout à notre place : par exemple, il décide à notre place s’il est bon pour nous d’acheter notre lave-vaisselle le dimanche, s’il est bon de prendre un taxi traditionnel ou un autre plus alternatif, s’il est bon aussi pour une entreprise de vendre un produit à perte… Qu’on laisse les Français prendre des risques et les assumer, devenir adultes, comme l’écrit Mathieu Laine Nous sommes assez grands et responsables pour choisir seuls ! Laissons la société française se libérer un peu !

Au-delà, l’absence de concurrence entretient les rentes. Une entreprise ou une profession protégée, ce sont autant d’acteurs qui maintiennent des prix élevés, se fatiguent moins pour renouveler leurs produits ou leurs offres… Ce sont autant de gens qui se mettent l’argent des consommateurs dans la poche, avec le soutien complice et actif de l’Etat !

Sont-elles toutes pertinentes sur le plan économique ou relèvent-elles parfois d’une projection idéologique libérale ? Les deux ? Bruxelles est-elle parfois plus idéologique que pragmatique ? 

Les réformes de la Commission européenne sont pertinentes justement parce qu’elles sont plutôt libérales ! On a beau dire ce qu’on veut et fantasmer sur le grand Soir qui ne nous a amené dans l’Histoire que la tyrannie et la misère sociale, le seul système économique qui permette aux gens de s’enrichir, qui amène le progrès économique et social, qui implique une justice fondée sur le mérite, c’est le marché !

La France suffoque de toutes les entraves qu’elle a placées sur le chemin d’une économie libre : elle étouffe sous le poids de l’Etat et des rentes qu’il a institué ou qu’il continue de distribuer. Quand on pense que le Gouvernement essaie de tuer les autoentrepreneurs, par pure idéologie !

Un industriel capitaliste qui vivote, quand il est contesté par un nouvel entrant n’a pas d’autre choix que d’être plus performant, c’est-à-dire de produire des biens de meilleure qualité ou des produits moins chers ! S’il ne le fait pas, c’est son concurrent plus efficace qui s’enrichit et crée des emplois. Le travail, l’initiative et le mérite sont ainsi récompensés.Le marché est le meilleur instrument de redistribution et le meilleur promoteur de la justice sociale.

Que penser d’un exemple comme le marché du rail dont on a constaté dans d’autres pays que la privatisation n’était pas nécessairement plus efficace ?

Il faut d’abord rappeler que la libéralisation du rail, comme toutes les libéralisations « décidées »  par la Commission, a en réalité été approuvée par les Etats membres, dont la France. Il est un peu facile de refuser de faire à Paris ce qu’on a accepté à Bruxelles.

Toutes ces dynamiques reposent sur un principe simple : le libre choix. Aujourd’hui, vous avez le choix entre la SNCF et … la SNCF. Demain, vous pourriez choisir de voyager sur une autre compagnie ferroviaire : elle sera peut être plus chère parce qu’elle offrira des services de luxe par rapport à l’entreprise publique (comme des trains qui arrivent à l’heure par exemple) ; elle sera peut être moins coûteuse parce qu’elle proposera des transports low-cost. Qu’importe, vous aurez pu choisir !

La Commission ne demande pas forcément la privatisation. Elle exige la mise en concurrence et l’accès aux réseaux. Elle dit juste que le réseau ferroviaire ne devrait pas être géré par la SNCF ou une entreprise lui appartenant, sinon on imagine bien qu’elle bloquera l’usage des rails. Pour le reste, qu’importe que les trains soient publics ou privés, pourvu qu’ils soient performants et donc les moins coûteux pour les consommateurs ! La libéralisation ferroviaire n’est rien d’autre que cela. Cette politique a connu des relatifs dysfonctionnements en Grande-Bretagne, mais elle a fonctionné ailleurs.

Ces réformes sont souvent taxées d’être imposées dans une négociation unilatérale, cela peut-il remettre en cause leur bien-fondé ? 

Les réformes ne sont pas imposées de façon unilatérale. Il faut quand même se rappeler que l’Union européenne repose sur le principe du marché unique et que les libéralisations ont été acceptées par la France à plusieurs reprises lors de l’adoption des textes européens.

Le Gouvernement demandait il y a peu encore de la croissance pour se libérer de la prétendue austérité dont il serait victime (quand l’Etat se gave en dépensant 56 % du PIB, on peut douter de la vigueur de son effort : ce sont plutôt les Français qui font les frais de sa catastrophique politique fiscale). Voilà la réponse de la Commission européenne : si vous voulez de la croissance, il faut libérer les énergies entrepreneuriales, soulager l’économie de l’oppression de l’Etat, permettre aux gens de vivre comme des adultes et de faire leurs choix… Pour la France, l’heure d’être confrontée à ses responsabilités a sonné : cela fait 40 ans qu’elle joue à la cigale (« nuit et jour à tout venant je chantais »), il faut maintenant qu’elle en assume les conséquences.

Ces politiques ne sont évidemment pas faciles à mettre en œuvre : elles affectent la vie de beaucoup de gens. Elles pourraient être facilitées si les Français avaient la conviction qu’elles servent tout le monde et qu’il n’existe pas une minorité de privilégiés, rentiers publics et privés, qui s’en sortiront sans y laisser une plume. Elles se feraient plus facilement si le Président Sarkozy n’avait pas passé la moitié de son mandat à dénoncer l’économie de marché. Et encore plus si le Président Hollande ne tenait pas un discours ambigu et obscur, à l’opposé de ses promesses de campagne !

Propos recueillis par Jean-Baptiste Bonaventure

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