Voici le texte d’un papier que j’ai publié sur le site d’information Atlantico  il y a un an, au lendemain de l’élection de François Hollande : En refusant de réformer l’Etat providence, Hollande décevra rapidement

– – –

François Hollande est donc le prochain Président de la République française. Il a été élu hier par 51,6 % des suffrages exprimés. Au lendemain de cette élection, deux questions se posent : les raisons de l’échec de Nicolas Sarkozy et les perspectives de réussite de François Hollande.

La première interrogation, c’est l’échec de Nicolas Sarkozy. Il peut s’expliquer par son mandat et, dans une moindre mesure, par sa stratégie de campagne.

Les raisons sont certainement multiples : les premières sont à chercher dans le mandat du Président Sarkozy. La crise économique d’abord, qui ne pardonne pas. Ensuite, une partie des électeurs, parmi les plus « protégés » de notre économie défaillante, a refusé la réforme, continuant de croire qu’il est possible de faire comme depuis 30 ans : vivre à crédit et dans la surconsommation collective. Sûrement aussi certains étaient motivés par l’élection même de François Hollande (une minorité semble-t-il : 45% de son électorat), et d’autres par le sentiment inébranlable que la France devait être rétablie dans la Lumière progressiste.

Enfin, et surtout, il y a les déçus du sarkozysme : ceux qui ont voté Front National d’une part, qui estiment que Nicolas Sarkozy n’a pas fait ce qu’il avait promis en matière d’insécurité et de lutte contre l’assistanat notamment ; les électeurs centristes d’autre part, qui n’ont pas suffisamment vu arriver les réformes promises – notamment en matière de finances publiques. Enfin, il y a évidemment aussi la personnalité de Nicolas Sarkozy qui, qu’on juge cela juste ou non, a coalisé contre lui une partie de l’opinion et de la presse : c’est d’ailleurs l’une des motivations principales du vote pour François Hollande (55% de ses électeurs).

Bref, de nombreux électeurs ont cru sincèrement qu’en votant pour François Hollande, ils se débarrassaient de Nicolas Sarkozy et donc de leurs problèmes.

La question de la stratégie de la campagne se posera certainement par la suite. Mais elle n’est probablement que secondaire pour deux raisons. D’abord, parce que le candidat Sarkozy pouvait difficilement réparer totalement les erreurs de son quinquennat, évoquées ci-dessus.

Ensuite, parce que le sujet de la « droitisation » (argument de la Gauche pour rappeler que plus on se tourne vers la Droite, plus c’est mal) n’en est pas vraiment un. La campagne s’est contentée d’être (pour le meilleur ou pour le pire) un prolongement du mandat : des thèmes régaliens (immigration, souveraineté, etc.) traités avec un angle très clivant, et trop peu d’économie.

La fragilité sociale de la France porte à croire que ces thèmes n’étaient pas totalement  » à côté de la plaque » (ce qui ne veut pas dire, à mon sens, que la manière dont ils ont été traités était la meilleure). Cette fragilité sociale a pour source la faillite de l’Etat Providence : exsangue, il presse les actifs de sa fiscalité et de son contrôle social pour financer un système inefficace qui produit échecs sur chômage et qui n’a pas le courage de se réformer, conduisant à la réaction violente des payeurs et au désespoir des plus faibles qui ne voient pas leur situation changer.

C’est bien parce qu’il ne remet pas en cause ce zombie social que François Hollande risque de décevoir rapidement – c’est la seconde interrogation que pose cette élection.

Une première conclusion est que François Hollande risque de décevoir rapidement. Il aura très probablement, d’ici un mois et demi, une majorité au Parlement. Le nouveau président sait qu’il doit tout faire pour qu’elle soit large, car il doit conforter une avance qui est tout de même très fragile : il est le Président de la Vème élu avec le score le plus faible (48,6% des votants seulement) et au total, seuls 23 % des suffrages auraient réellement voulu sa victoire. Il devra souhaiter que cette avance soit avant tout socialiste, pour ne pas dépendre excessivement de ses alliés, par trop instables.

A partir de là, deux hypothèses semblent envisageables.

S’il tient promesse, François Hollande appliquera son programme, au moins dans les premiers mois et d’ici les législatives pour mobiliser son électorat. Il l’avait annoncé. Donc il va bloquer les prix des carburants, augmenter l’allocation de rentrée scolaire, geler la RGPP, augmenter le SMIC, etc.. Il augmentera les impôts. Il ne s’attaquera pas à la baisse des dépenses, ou alors de manière « homéopathique », comme l’a dit récemment Arnaud Montebourg. Il va tenter de faire de la relance keynésienne au niveau européen ; s’il obstine il la fera sûrement seul. Bref : dépenses publiques, absence de réformes structurelles, fuite devant la rénovation de la France. Mais d’ici quelques mois, l’illusion prendra fin et il devra, contraint par la réalité, changer de politique.

Une autre hypothèse serait que François Hollande n’applique pas son programme. Par exemple en prétextant, lorsque la Cour des comptes publiera son rapport, du mauvais état des finances publiques. Bien sûr, il accusera le Gouvernement de François Fillon d’être responsable. Mais le résultat sera le même : il devra, contraint par la réalité, changer de politique.

Il sera contraint à couper drastiquement dans les dépenses, car ni les impôts ni une hypothétique croissance ne suffiront. Il sera contraint de réformer le marché du travail, d’accroître la concurrence, de soulager le fardeau fiscal et administratif… Il accusera les marchés – comme le fait si bien Ségolène Royal. Il prétendra faire payer les plus riches. Mais dans les faits, les plus faibles verront leur Etat providence disparaître sans en avoir été prévenus. Les classes moyennes paieront plus d’impôts sans bénéficier de services supplémentaires. Ses électeurs seront déçus. Les autres seront en colère.

François Hollande n’est pas Jean-Luc Mélenchon. Il a un sens des réalités (un peu) plus prononcé. C’est d’ailleurs certainement pour cela que dès hier soir, les leaders socialistes commençaient à prévenir qu’il n’y aurait pas d’« état de grâce », que le contexte était difficile en raison de la crise. Ce qu’ils n’avaient pas dit pendant la campagne. Car c’est bien là que le bât blessera : car François Hollande fera ce qu’il n’a pas dit.

Cette tromperie et cette déception risquent de faire le triomphe de Marine Le Pen.

Les électeurs ont cru qu’en votant contre Nicolas Sarkozy, ils se débarrassaient de leurs problèmes. Ils s’apercevront bientôt que ce n’est pas le cas. Ils constateront qu’en dépit de ces défauts, Nicolas Sarkozy n’était pas la source de tous les fléaux du monde. Lorsqu’ils se tourneront, par réflexe, vers l’Elysée, le Président leur rappellera qu’il ne souhaite pas trop mouiller le maillot, car il ne partage pas cette vision d’un chef de l’Exécutif hyper actif et hyper impliqué. Il restera dans le rôle qu’il veut être le sien : celui d’un arbitre, modéré, un peu en retrait. Pas de surprise : il avait prévenu. Désemparés, les Français en arriveront peut être même à regretter Nicolas Sarkozy.

Ces électeurs déçus auront en 2017 un recours qui ne se sera « compromis » ni avec la droite, ni avec la gauche (à la différence du Front de Gauche) : Marine Le Pen. Si celle-ci est habile, elle aura réussi à affaiblir l’UMP.  Elle sera aidée par les querelles d’egos en interne, qui conduiront des revenants et des jeunes « espoirs » à prendre position pour exister et des autoproclamés « humanistes » à critiquer des hérauts enflammés des « vraies valeurs », pour le principe de s’opposer et de montrer « sa » différence.  Pour attiser le tout, elle pourra porter dans le débat public des thèmes qui cliveront, obligeant l’UMP à se tirailler entre la Droite Populaire et les centristes – qu’une énième tentative de rassemblement du Centre tentera aussi d’appeler du pied. Si François Hollande veut affaiblir l’opposition, il avancera lui aussi des thèmes de division, comme le droit de vote des étrangers ou l’adoption pour les couples homosexuels.

Au final, Marine Le Pen savourera sa popularité. A moins que l’UMP ne sache rester unie, dans sa pluralité, constitue une force d’opposition rassemblée pour encadrer le Gouvernement de François Hollande et préparer un projet nouveau pour 2017 …

Publicités