C’est THE débat qui anime les blogs économiques américains et les réseaux sociaux depuis hier (à tel point que le Wall Street Journal y consacre un article ce matin) : Carmen Reinhart et Kenneth Rogoff, les auteurs de This Time is Different : Eight Centuries of Financial Folly, livre qui mettait en évidence les risques d’une dette publique excessive, se seraient trompés …

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Dans leur livre, ils relevaient qu’une dette publique dépassant 90% du PIB serait économiquement dangereuse. Leur thèse avait été largement diffusée et débattue à travers le monde (et reprise notamment par de nombreux auteurs et politiques, dont le Sénateur Ryan). Trois économistes (un étudiant et ses deux enseignants) de l’Université du Massachusetts ont cependant entrepris de répliquer les travaux de leurs deux collègues. Leurs conclusions mettent le petit monde économique en émoi depuis hier. Ils notent des « erreurs » de calcul et dénoncent l’exclusion de certaines données du panel. En conséquence, ils estiment que le seuil de 90% du PIB n’est pas un problème

We replicate Reinhart and Rogoff (2010a and 2010b) and nd that coding errors,  selective exclusion of available data, and unconventional weighting of summary statistics lead to serious errors that inaccurately represent the relationship between public debt and GDP growth among 20 advanced economies in the post-war period. Our finding is that when properly calculated, the average real GDP growth rate for countries carrying a public-debt-to-GDP ratio of over 90 percent is actually 2.2 percent, not -0,1 percent as published in Reinhart and Rogo . That is, contrary to RR, average GDP growth at public debt/GDP ratios over 90 percent is not dramatically di fferent than when debt/GDP ratios are lower.

Evidemment, divers archéo-keynésiens ont sauté sur l’occasion – et pas seulement. Dean Baker dans le Guardian se demande même combien de gens ont été mis au chômage à cause d’une erreur de calcul des deux économistes.

Reinhart et Rogoff ont répliqué très vite, relevant notamment que leurs répondants avaient en réalité des résultats proches des leurs mais qu’ils avaient choisi de souligner quelques divergences (peut être par souci de communication ?) : comme le souligne Bloomberg, les deux auteurs relèvent que la nouvelle étude note, elle aussi, que l’excès de dette affecte négativement la croissance. Leur réponse intégrale est disponible en ligne.

Il faut aussi rappeler que, contrairement à ce que semblent oublier leurs détracteurs, Reinhart et Rogoff ne sont pas les seuls économistes au monde à avoir démontré les effets négatifs de la dette publique sur la croissance économique. La BCE l’a montré elle aussi. Au demeurant, ce n’est pas la première fois que les auteurs sont contestés.

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