Cette question, pas anodine, est posée dans la dernière note de conjoncture de l’INSEE (publiée aujourd’hui). La réponse est claire : cette baisse est  structurelle et elle tient notamment aux réformes du marché du travail.

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L’étude commence par relever que « cinq explications à cette bonne performance sont souvent avancées » mais note que la contribution respective de ces cinq facteurs à la baisse continue du chômage est très inégale.

Première hypothèse : le chômage aurait diminué en Allemagne parce que la population en âge de travailler diminue. Toutefois,  » la population active allemande a crû plus rapidement qu’au début des années 2000, et quasiment autant qu’en France,malgré la baisse de la population en âge de travailler : le taux d’activité a nettement augmenté, et principalement celui des séniors« . Au contraire  » la baisse du chômage est le résultat de créations d’emploi très dynamiques, qui perdurent depuis 2009″.

Deuxième hypothèse : la croissance y est plus élevée, notamment grâce à une meilleure compétitivité extérieure. Cependant, « la croissance allemande a été, certes, supérieure à la croissance française depuis huit ans (+1,4 % contre +0,8 % en moyenne), mais ce rythme n’est qu’à peine supérieur à sa moyenne du début des années 2000″.

Troisième hypothèse : le chômage partiel s’est très fortement développé durant la crise. Là encore, l’argument est écarté : « le chômage partiel a certes beaucoup augmenté durant la crise, avec un pic de 1,5 million de salariés concernés en 2009, soit l’équivalent de 3 % de la population active. Mais le chômage partiel est revenu en 2012 à son niveau d’avant-crise ; s’il peut justifier que le chômage ait peu augmenté en 2009, ce dispositif n’explique donc pas qu’il ait depuis repris sa baisse ».

Conclusion, il ne reste que 2 hypothèses : » parce que les salaires ont nettement moins progressé que la productivité depuis la seconde moitié des années 90 ; et, enfin,  parce que le marché du travail aurait été profondément transformé par les réformes Hartz mises en œuvre entre 2003 et 2005″. Bingo !

« Il semble donc que la baisse du chômage allemand soit structurelle. C’est ce que tend à indiquer l’évolution des salaires réels : depuis 2005, ils ont progressé de 2 % seulement, alors que le taux de chômage a été divisé par deux. Par ailleurs, le taux d’emplois vacants est aujourd’hui au même niveau qu’au début des années 2000, quand le taux de chômage était de 8 %.

Cette baisse du taux de chômage structurel serait intervenue pour l’essentiel avant 2005, via la modération salariale (de 1996 à 2005, les coûts salariaux unitaires ont diminué de 2,3 %) et les réformes Hartz (particulièrement celles qui ont porté sur le suivi et l’indemnisation des chômeurs). Le taux de chômage effectif n’a commencé à baisser que lorsque la demande extérieure a pris le relais de la demande intérieure stagnante. »

En contrepartie, cette réduction du chômage « s’est faite en partie via la création d’emplois à temps partiel ou très partiel, ce qui a conduit à un accroissement des inégalités salariales. En outre, le durcissement des conditions d’indemnisation, conjugué à une part de chômeurs de longue durée qui reste très élevée, a conduit à une forte augmentation du taux de pauvreté des chômeurs« .

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