Voici le texte de questions auxquelles j’ai répondu sur le site Atlantico Ce que l’Education nationale (profs inclus) aurait à gagner d’une rémunération des enseignants au résultat ?

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Publié le 6 février 2013

Atlantico : Vincent Peillon, ministre de l’Education nationale suggère d’offrir aux professeurs des écoles une prime annuelle de 400 euros et ce de manière automatique. Ne faudrait-il pas plutôt remettre à plat le mode de rémunération des enseignants pour le rendre davantage incitatif ?

Erwan Le Noan : Le fonctionnement de l’Education nationale est caricatural de l’administration française : on pense régler de manière uniforme des situations très différentes. C’est donc avec une règle unique qu’on envisage de redéfinir la rémunération de près d’un million de personnes… c’est absurde. Il faudrait plutôt décentraliser et individualiser les critères de rémunération. Ce qui est étonnant, c’est que, dans un contexte de finances publiques exsangues, alors que les Français se serrent la ceinture, subissent le chômage et les hausses d’impôts, l’Etat va soudainement augmenter les enseignants, sans leur demander la moindre contrepartie ? Cela n’a aucun sens ! Il faut tout de même rappeler que, selon les chiffres Insee, les fonctionnaires sont globalement mieux payéspartent à la retraite plus tôt, ont plus de vacances et ont unemploi préservé ! Et c’est encore plus vrais des enseignants !

Réattribuer les primes en fonction des résultats, des responsabilités et du lieux de travail pourrait-il être pertinent ?

Évidemment. L’OCDE avait montré dans une étude que la France fait partie des pays où une rémunération au mérite des enseignants pourrait être la plus efficace (tout en montrant que cela n’avait aucun intérêt dans d’autres pays). Une autre expérimentation récente a montré l’intérêt de ce mode de rémunération. Surtout, il faut éviter une solution uniforme : on ne peut pas rémunérer tout le monde de la même manière. Un enseignant en primaire dans le VIème arrondissement de Paris où tous les enfants sont fils de CSP ++ n’a clairement pas le même travail que celui qui gère deux classes en milieu rural ou celui qui a une classe nombreuse d’élèves d’origines sociales ou culturelles diverses en banlieue parisienne.

Faudrait-il, dans ce cas, repenser également le système d’évaluation des enseignants ? Dans quel sens ?

On pourrait imaginer de décentraliser la gestion des rémunérations, au niveau des établissements par exemple. Il pourrait il y avoir une part fixe, puis des « bonus » selon le lieu d’enseignement, et une prime au mérite. Les primes pourraient être attribuées par le chef d’établissement (mieux formé) selon des critères transparents et discutées avec les enseignants. Ces derniers pourraient même définir une partie de leurs objectifs.

Finalement, n’est-ce pas la gestion des ressources humaines dans l’enseignement qui est en cause ? La crise des vocations n’encourage-t-elle pas à la repenser en profondeur ?

La question de la rémunération des enseignants est symbolique, mais elle ne réglera rien. Ce n’est pas quelques centaines d’euros de plus qui vont révolutionner le moral des profs ! Leur vrai problème est une question de reconnaissance dans la société : autrefois, être enseignant, c’était très valorisé ; aujourd’hui, l’enseignant est dans la « moyenne » de la société française. C’est une évolution difficile qui n’a clairement pas été gérée par le ministère – mais comment gérer la carrière d’un million de personnes ? Le système est vraiment fatigué. La France doit réinventer le métier d’enseignant : en leur faisant plus confiance, en les rémunérant mieux, en permettant des allers/retours vers le privé… De leur côté, les enseignants doivent accepter que leur profession bénéficie de beaucoup d’avantages, qu’on ne peut pas gagner plus si on ne travaille pas plus, que pour avoir plus de liberté il faut aussi plus de flexibilité.

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