C’est un débat du moment sur lequel, d’ailleurs, j’ai publié un papier ce matin. Voici quelques éléments.

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D’abord, deux définitions (source : le Grand Robert en ligne) :

Privilégié : Qui bénéficie d’un privilège, qui a des privilèges.

Privilège : Droit, avantage particulier accordé à un seul individu ou à une catégorie d’individus, avec faculté d’en jouir en dehors de la loi commune.

Le corps enseignants (une « catégorie d’individus) bénéficie-t-il de « droits, avantages particuliers » qui seraient « en dehors de la loi commune » ?

 1) Le moral : de la lassitude, mais plus de respect qu’on ne le croit

 Enseigner est très certainement épuisant. J’ai l’occasion de passer régulièrement des journées ou demi journées avec des lycéens, ils ne sont pas toujours faciles à gérer…

Des pseudos études et sondages circulent souvent. Mais au fond, il n’y a pas besoin d’en avoir pour savoir que les enseignants ne sont pas très contents de leurs conditions de travail.

Les chiffres et sondages sont contradictoires. Eric Debardieux, s’il juge le climat « pourri », a cependant montré récemment que 92 % des enseignants (primaire) estiment que le climat de leur école est bon ou plutôt bon … même si 93 % des enseignants du second degré considèrent que leur profession est dévalorisée. (pour comparer, 86 % des salariés sont satisfaits au travail). Au demeurant, près de 80 % des Français ont une image positive de leur métier et seraient fiers que leur enfant exerce ce métier. Ils pensent d’ailleurs que les enseignants sont investis dans leur travail.

L’évolution de la profession d’enseignant, qui ne les place plus vraiment parmi les « notables » de la société conduit à une dévalorisation de leur profession, même si sa fonction sociale reste très respectée et que ceux qui l’exerce en sont plutôt fiers.

Conclusion => en la matière, pas vraiment de privilège, mais somme toute dans la moyenne (ce qui peut être difficile pour une profession qui avait l’habitude de se sentir valorisée « au dessus » de la moyenne).

 PRIVILEGE : 0

2)  La taille des classes : s’ils étaient tous devant des élèves …

Les classes françaises ne sont pas particulièrement surchargées si on fait un simple rapport nombre d’enseignants et nombre d’élèves.

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En réalité, le taux d’encadrement n’est pas très favorable.

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Pourquoi ? Parce que « la composante administrative [est] relativement importante et probablement notoirement supérieure à celle des autres pays de l’OCDE ». En clair, il y a trop de profs qui ne sont pas devant les élèves.

En outre, ce blog a déjà montré que si le taux d’encadrement a varié récemment, il reste globalement à des niveaux communs dans le reste des pays du monde développé …

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Conclusion => un privilège pour une minorité des enseignants qui ne sont jamais devant les élèves

PRIVILEGE : + 0,5

3) Les réductions d’effectifs  : de loin, pas les premiers concernés

 Les enseignants auraient été les victimes de fortes suppressions d’emplois.

C’est en partie faux. En réalité, comme on l’a déjà montré, la part des enseignants dans le personnel de l’Education nationale a augmenté depuis 2005. Le Gouvernement précédent a donc taillé dans les effectifs, mais sans vraiment affecter les enseignants en priorité.

Au demeurant, au regard des chiffres du chômage des Français, il est évident que les enseignants – comme les fonctionnaires – ont largement été épargnés !

Conclusion => Au regard des autres métiers de l’Education nationale et des Français en moyenne, l’emploi des enseignants est protégé.

PRIVILEGE : + 1

Au demeurant, faut il rappeler la garantie d’emploi des fonctionnaires ? inestimable avantage dans une période économique si difficile.

PRIVILEGE : +1 (et plus)

4) Le salaire : c’est pas fou …

 Les enseignants français sont plutôt mal payés, c’est vrai.

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Mais le salaire peut il être apprécié seul en dehors de tout facteur ? Ne faut il pas regarder par exemple le temps de travail qui y correspond, puisque c’est le facteur qui explique le mieux les disparités de revenu ? Ou de la garantie de l’emploi ?

Si quelqu’un connait un emploi qui paie très bien en travaillant peu, qu’il me contacte.

Conclusion => Les enseignants ne font pas fortune. La question c’est pourquoi ?

PRIVILEGE : indéterminé (mais voir ci dessous, point 5)

5) Le temps de travail : 120 à 210 heures de moins que les salariés (soit 3,4 à 6 semaines de moins)

Ce blog a déjà consacré un papier à ce sujet : en comptant leur temps de préparation et de correction (effectué, chez eux) les enseignants travaillent environ 40 heures par semaine (parfois un peu plus, voir le papier pour le détail).

Le truc, c’est qu’ils ont beaucoup de vacances (Vincent Peillon vient encore de les allonger). En rapportant leur temps de travail aux jours effectués réellement (y compris les jours de travail pendant les vacances), il apparaît que les enseignants travaillent 120 à 210 heures annuelles de moins que les salariés en moyenne (soit 3,4 à 6 semaines de différence).

C’est tellement vrai que lorsqu’elle calcule le temps de travail moyen des Français, l’INSEE donne un chiffre qui exclut les enseignants (1650 heures) sinon ils font baisser la moyenne (1560).

Conclusion => un avantage clair et chiffrable.

PRIVILEGE : + 1

6) La retraite : un calcul très favorable

 La retraite des enseignants, comme celle des fonctionnaires, est calculée sur le mode suivant : dernier traitement indiciaire brut (6 derniers mois) x 75 % x nombre de trimestres liquidables / nombre de trimestres nécessaires pour bénéficier d’une retraite à taux plein.

Dans le privé, la retraite est calculée de manière un peu plus complexe sur le mode suivant : salaire annuel moyen (sur les 19 à 25 meilleurs années selon l’année de naissance) x taux de la pension x (durée réelle d’assurance au régime général de sécurité sociale / durée d’assurance maximale)

Conclusion : Les enseignants, comme les fonctionnaires, bénéficient d’un calcul de retraite très avantageux.

PRIVILEGE : + 1

7) La reproduction sociale : une chance qui n’est pas offerte à tout le monde

Les chiffres sont connus (des lecteurs de ce blog à tout le moins) : les enfants d’enseignants ont beaucoup plus de chances de réussir que ceux de toutes les autres professions et catégories sociales. Cela s’explique simplement : leurs parents connaissent le système scolaire (et c’est tant mieux pour eux) !

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Conclusion => Les enseignants peuvent offrir à leurs enfants de très grandes chances de succès, auxquelles n’ont pas accès les autres Français.

PRIVILEGE : + 1

8) Beaucoup d’autres questions …

Sur les moyens, il reste à expliquer aussi le mystère suivant : depuis des années le budget de l’Education nationale a augmenté, le nombre d’élèves a diminué … Où est passé l’argent, puisqu’il n’a visiblement servi les élèves ?

Si le métier est si difficile, pourquoi si peu de fonctionnaires démissionnent ? Peut être parce que la passion du métier l’emporte finalement ? Peut être parce que les avantages valent les désagréments ?

Sinon, voir cette note pour d’autres éléments.

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