Voici le texte d’une tribune que j’ai publiée dans le Figaro ce matin (à lire aussi sur le site du Figaro).

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La droite doit se saisir de la révolte fiscale

ERWAN LE NOAN

L’auteur, consultant en stratégie*, insiste sur la nécessité de réduire les impôts

 

et la dépense publique. Dimanche, la droite était dans la rue pour défendre sa vision de la famille. Cette virulence de l’opposition sur les questions sociétales fait face à son absence étourdissante sur l’économie, comme des élus commencent à le faire remarquer. Les querelles à l’UMP ont passé sous silence le débat sur la loi de finances pour 2013, arme de destruction massive en matière fiscale. La « société civile » a été bien plus active. Il faut dire que la révolte gronde. Elle pourrait ouvrir un boulevard électoral à la droite si elle s’en donnait la peine…

 

Jusqu’à maintenant, le murmure était sourd de contribuables accablés, pressés jusqu’au dernier centime par un État inefficace. La campagne présidentielle, avec son débat sur « l’assistanat », avait préfiguré une exaspération d’électeurs fatigués de financer des prestations sans contreparties. À l’occasion de quelques polémiques, de belles âmes venaient rappeler que contribuer au financement collectif est un devoir civique : à leur tête, Yannick Noah donnait ainsi une leçon de morale à ses amis de droite, égoïstes.

 

Après l’élection de François Hollande, la hausse de la fiscalité, qui devait n’affecter qu’une minorité fortunée, a frappé M. et Mme Tout- le-Monde : dès l’été le gouvernement reconnaissait que ses premières mesures fiscales étaient supportées à 53 % par les ménages. En réalité, il aurait dû dire 100 %, car ce sont eux qui paient toujours la facture finale. La sanction de la fiscalisation des heures supplémentaires a été perçue directement sur le salaire ; la hausse de la TVA, hier dénoncée, a fini d’abattre les contribuables.

 

Le résultat de cette politique est que le taux de prélèvements obligatoire, à 43,9 % du PIB en 2011, devrait croître de plus de 2 points cette année. La France, entrée dans la crise avec des impôts parmi les plus hauts d’Europe (43,3 % en 2007, contre 38,7 % en Allemagne, 37,1 % en Espagne, 36,3 % au Royaume-Uni), va repousser plus loin encore les limites de la confiscation fiscale. L’impôt, parce qu’il porte une atteinte autoritaire au droit de propriété, est un vol, écrivait Murray Rothbard.

 

Enthousiastes à l’écoute d’un candidat qui promettait, au Bourget, plus d’égalité dans la fiscalité, les Français mettent en pratique une limite à la générosité : leur portefeuille. Faire les poches du voisin, surtout s’il est riche, c’est « juste » ; mais payer de sa poche, c’est pousser le bouchon fiscal un peu trop loin… Les électeurs se sentent trompés. Surtout que, dans le même temps, l’État continue, lui, son train de vie « grand prince » : pour la première fois depuis dix ans, le nombre de fonctionnaires augmente.

 

Les plus riches, pas fous, ont plié bagage : l’argent sert aussi à prendre la poudre d’escampette devant l’oppression fiscale. La prouesse du gouvernement est d’avoir créé un sentiment de solidarité dans l’exaspération : les exilés sont devenus des symboles. Contribuables oppressés de toutes les catégories, unissez-vous ! C’est peut-être le signe d’un changement de mentalité : l’économiste Alesina montre que si les Américains recherchent moins la redistribution (et donc les impôts), c’est parce qu’ils estiment tous pouvoir devenir riches un jour, à l’inverse des Européens.

 

Si elle ne rechignait pas tant à mettre les mains dans le cambouis fiscal, la droite aurait devant elle un boulevard.

 

Pour beaucoup de responsables politiques de droite, parler d’argent et de richesse est trivial et vulgaire. La politique, selon eux, doit se consacrer à des idéaux creux mais prétendument nobles. S’ils parlent d’économie, c’est avec des envolées lyriques et du romantisme industriel. Mais ce qui fait la prospérité d’un pays, c’est sa richesse, sa production, son argent.

 

Ces responsables imaginent que leur mission est d’élever les masses au-dessus du marasme économique et de la petitesse financière. Parler aux petits commerçant excédés, aux professions libérales fatiguées, aux contribuables oppressés, c’est indigne. Pire, c’est populiste. Sauf que ce qui préoccupe les électeurs, c’est leur compte en banque et les dépenses d’éducation de leurs enfants.

 

Pour répondre à la révolte fiscale, il y a deux solutions : baisser les impôts et couper dans la dépense publique. Économiquement, c’est bon pour la croissance ; les études s’accumulent pour montrer que la relance échoue et Robert Barro a montré que le multiplicateur keynésien est un mythe. Politiquement, cela relève d’un vrai projet : celui d’une société libre et autonome, dégagée d’un État tentaculaire. Électoralement, ces pistes ont le mérite de rassembler les contribuables de tous les milieux : le médecin rural, l’artisan urbain et le salarié banlieusard…

 

La gauche n’a pas de scrupules quand elle crée des batteries d’électeurs à coups de milliers de postes dans la fonction publique (60 000 dans l’Éducation nationale qui n’en manquait pas !). La droite ne devrait pas en avoir sur la question fiscale. Moins d’impôts et moins d’État, maintenant !

 

* Maître de conférences à Sciences Po et animateur de http://www.toujourspluslibre.com

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