Voici le texte d’un papier que publié sur Atlantico : Le jour où François Fillon a fait réélire François Hollande, avec le dernier paragraphe oublié par Atlantico.

Le jour où François Fillon a fait réélire François Hollande

Entre le camp de Jean-François Copé et celui de François Fillon, l’UMP se déchire. Le parti pourrait porter longtemps les stigmates de cette bataille dont le seul gagnant possible est le Parti socialiste de François Hollande.

Le mercredi 21 novembre 2012 restera certainement dans l’histoire de la droite française comme un nouveau rebondissement dans un drame assez pathétique : ce jour où François Fillon décida de saborder son propre parti, offrant ainsi soudain des garanties de victoire inespérées à François Hollande, président de la République pourtant si fragilisé.

Depuis dimanche 18 novembre, le ridicule en dispute au pathétique à l’UMP et le tragi-comique y triomphe. Un ancien Premier ministre qu’on disait élu haut la main s’est retrouvé à contester puis accepter sa défaite, avant de la dénoncer à nouveau tout en renonçant à la compétition (se découvrant au passage une passion nouvelle pour des territoires d’outre-mer), menaçant d’un recours en justice tout en promettant de ne pas l’exercer, dénonçant les pratiques de son adversaire tout en essayant de faire oublier les fraudes alléguées de ses amis. Son compétiteur a beau jeu de jouer le légalisme et d’affecter la bonne foi, politiquement c’est un désastre.

Telle qu’elle se déchire aujourd’hui, l’UMP risque de porter longtemps les stigmates de la haine et de la division stérile. Au final tout cela pourrait bénéficier surtout à la gauche et à François Hollande.

Si l’UMP s’effondre et / ou que ses sympathisants la fuient, affligés par le spectacle apocalyptique qui leur est offert, ils vont probablement partir vers quelques autres partis. D’ailleurs, le Front national et l’UDI se frottent les mains et répètent que leurs adhésions augmentent. Mais en réalité, aucun de ces partis ne peut gagner l’élection présidentielle qui, on le sait, est la seule qui compte dans la vie politique française.

Le Front national d’abord : s’il parvient au second tour, profitant d’une UMP en miettes, ilsera éliminer sans aucun doute par un rassemblement des électeurs qui lui sont opposés.

L’UDI ensuite. Son problème est que, jusqu’à maintenant, c’est un peu une coquille vide : le parti de Jean-Louis Borloo clame sa différence avec l’UMP, mais on ne voit pas encore très bien quelle est sa doctrine… Au-delà, l’UDI ne peut gagner en 2017 sans une UMP (ou équivalent) forte. Pour une raison simple : pour gagner la présidentielle, l’opposition aura besoin de rassembler large ce qui inclut évidemment la droite. En défendant un programme centriste, l’UDI peut faire un beau score, mais il lui sera plus dur d’aller chercher des électeurs de droite version UMP,  « droite forte » et  « droite populaire ». La stratégie qui gagne, c’est de rassembler la droite puis de s’ouvrir au centre ; partir du centre vers la droite est déjà beaucoup plus compliqué…

Si le FN ni l’UDI ne profitent pas de cette crise, il ne reste qu’un gagnant possible : le Parti socialiste et François Hollande.

La première victoire est actuelle. Avec le vaudeville en cours à l’UMP, les débats sur la politique de François Hollande passent à la trappe. Exit les critiques sur la politique économique rétrograde du gouvernement. Exit aussi les interrogations sur les incohérences patentes du président de la République concernant le mariage gay.

La seconde victoire est à moyen terme. Si l’UMP sort anéantie de cet épisode, son discrédit sera total et les chances pour l’opposition de revenir au pouvoir considérablement fragilisées. Evidemment, il reste quatre longues années avant la prochaine échéance présidentielle et beaucoup de choses peuvent se passer. Mais l’UMP devra aussi affronter entre temps des primaires… ça promet ! Bref, si l’UMP ne se remet pas très vite dans le chemin du travail et du bon sens, elle pourra pleurer en 2017 d’avoir, le 21 novembre 2012, permis la réélection de François Hollande.