Comme il y a longtemps qu’il n’a pas été cité sur ce blog et pour rappeler un peu l’intérêt de ses travaux, voici les conclusions d’une étude d’Alberto Alesina qui, outre ses travaux sur les politiques fiscales et budgétaires en période de crise, s’est surtout beaucoup penché sur les questions de mobilité sociale et de justice par le marché. Le résultat de sa réflexion en la matière : l’Etat Providence sert à capter le succès des autres.

En réalité, sa conclusion est un peu plus nuancée évidemment mais elle reste très intéressante et certainement pertinente.

Dans son étude fairness and redistribution publiée avec George-Marios Angeletos, il relevait que « les différentes croyances sur la justice de la compétition sociale et sur ce qui détermine les inégalités de revenu influencent les politiques redistributives choisies par les sociétés démocratiques« . Ainsi:

« si une société croient que les efforts individuels sont ce qui détermine le revenu et que chacun a la possibilité de profiter des fruits de ses efforts, alors la société choisira peu de redistribution et une fiscalité faible« ;

– à l’inverse, « si une société croit que la naissance, la chance, les réseaux et ou la corruption déterminent la richesse, alors elle aura une fiscalité lourde qui créera des distorsions et auto-entretiendra ces croyances« .

En clair, la France étant une société sclérosée, chacun pense que pour réussir il faut soit du réseau, soit tricher. En conséquence, les Français seraient favorables à un Etat providence qui taxe lourdement et redistribue fortement car cela leur donne une chance supplémentaire d’accéder à une part du gâteau  dans un jeu qu’ils estiment biaisé. Le problème, c’est qu’alors chacun se bat pour avoir une part plus grosse de l’Etat providence … ce qui entretient l’idée que pour réussir il faut soit du réseau soit tricher…