Voici le texte d’un papier que publié sur Atlantico : Et si apprendre à surmonter ses échecs était aussi utile que d’apprendre à compter  .

 

Et si apprendre à surmonter ses échecs était aussi utile que d’apprendre à compter

Alors que l’Education nationale étudie actuellement la possibilité de supprimer des notes, de nombreux entrepreneurs ont évoqué les vertus insoupçonnées de l’échec dans la construction de la réussite personnelle.

Atlantico : Le dernier prix Nobel de biologie, l’anglais Sir John Gurdon, se révélait être un véritable cancre à l’école. Au delà des théories sur l’incompatibilité des génies avec le système éducatif, cela ne tend-il pas à démontrer que l’expérience de l’échec est formatrice si elle se fait suffisamment tôt ? 

Erwan Le Noan : Quiconque a déjà surmonté un échec sait bien que c’est une expérience formatrice et intense. Quand on réussit tout, on a plus de mal à s’interroger sur soi : pourquoi se remettre en cause quand tout nous sourit ? Quand on échoue, on peut décider de dénoncer l’injustice et de protester en refusant sa défaite, mais c’est un peu puéril. Surtout, dès que la passion et l’émotion retombent, on cherche à comprendre ce qui a motivé l’échec. C’est un apprentissage salutaire.

Encore faut-il que l’échec soit perçu « positivement », qu’il soit accepté comme une occasion d’apprendre. Le problème c’est que dans le système scolaire l’échec est une sanction et qu’il est impardonnable et irrémédiable : seuls 9 % des élèves qui redoublent leur CP auront le bac. Celui qui échoue, c’est le cancre, l’idiot, le raté. On s’empresse de le dénigrer et de l’écarter : vers des voies de garage, une orientation de seconde zone. A l’inverse, parfois, l’Ecole en vient à s’assurer que personne n’échoue… mais du coup personne ne réussit vraiment non plus. Dans un sens comme dans l’autre, l’échec perd sa vertu. Si l’on acceptait que l’échec est, lui aussi, formateur, le système scolaire s’en porterait un peu mieux.

Comment se fait-il que le monde de l’entreprenariat ait largement développé des techniques de stimulation par l’échec alors que le monde éducatif s’y refuse toujours ?

Dans le monde de l’entreprise, et surtout parmi ceux qui créent leur « boîte », on a une conscience bien plus forte de l’échec. Le risque de l’échec, c’est le quotidien de l’entrepreneur. Capucine Graby et Marc Simoncini le montrent très bien dans leur récent livre : c’est aussi parce qu’ils ont échoué que les stars d’internet ont réussi. Il est un peu rapide cependant de croire que l’aspect positif de l’échec est parfaitement intégré dans le monde de l’entreprise.

Dans l’Education nationale, l’échec d’un élève n’est pas possible. Les parents, les enseignants et les élèves ne l’acceptent pas. Parce que notre société est si rigide, réserve des places de succès à si peu de monde, que tout prétexte est bon pour éliminer les élèves qui ne rentrent pas dans le moule. Tout le système scolaire français fonctionne sur cette logique pernicieuse : il faut éliminer, « trier » comme le dit un récent et excellent petit livre. Ses auteurs (économistes) expliquent très bien que tout vient du marché du travail français, sclérosé : comme les emplois y sont limités (ce qui est le résultat de sa rigidité), il faut rester au top du top pour y accéder. C’est donc l’obsession des familles dès le CP. L’Education nationale, en ce sens, n’est que la complice active de la société dans son ensemble.

L’Education nationale n’emprunte-t-elle pas le mauvais chemin en voulant s’inspirer de certaines mesures pédagogiques d’origine scandinave (suppression relative des notes, discours positiviste…) ?

J’ai beaucoup de mal avec ces discours sur la « bonne » ou la « mauvaise » pédagogie. Ils relèvent d’une vision qui me semble tout à fait dépassée de l’Education nationale et qui voudrait que le ministre, dans sa sagesse omnisciente, choisisse la bonne pédagogie et la fasse appliquer dans toutes les écoles de France.

A titre personnel, j’ai évidemment des préférences. Mais dans un système scolaire moderne et performant (ce qui n’est décidément pas le cas de l’Ecole française), on devrait avoir des établissements autonomes, choisissant chacun les méthodes qu’ils veulent utiliser et publiant leurs résultats. Si une école souhaite imposer l’uniforme et la discipline de fer, qu’elle le fasse ! Si une autre pense qu’il vaut mieux faire du pédagogisme à outrance et promouvoir le développement « positif » des enfants, qu’elle le fasse aussi ! En clair, qu’on laisse les écoles appliquer la pédagogie qu’elles veulent : réactionnaire ou gauchisante. On verra bien les résultats des élèves et les familles, libres d’y envoyer leurs enfants, seront juges !