Le rapport Gallois comporte beaucoup d’éléments intéressants, et d’autres beaucoup moins. Passons la partie « pacte social« , totalement creuse, pleine de wishful thinking et qui sent bon le passage imposé et bon teint pour être sûr de respecter le « modèle social ». Retenons plutôt le passage sur la politique de concurrence, qui est totalement aberrant.

Que dit le rapport Gallois ? Rien de moins que la bouillie habituelle des technos franchouillards qui rêvent de champions industriels conçus et planifiés par l’Etat (dont l’histoire montre qu’ils échouent systématiquement ou presque), qui consiste à dénoncer le marché pour vanter implicitement les bienfaits imaginaires (et faux) d’une doctrine méchamment étatiste.

En pratique, le rapport relève d’abord que la concurrence exerce une domination « idéologique » en Europe.

Remarque totalement absurde. Que la concurrence domine le projet communautaire, c’est évident : il se trouve que c’est inscrit dans les premiers articles des traités dès la fondation des Communautés européennes en 1957. Peut être cela a t il échappé à Monsieur Gallois, mais la Communauté européenne s’est construite à son origine autour d’un marché commun (art. 3 du traité de 1957) qui se fonde sur le principe même de libre circulation et de concurrence.

Au demeurant, le rapport fait semblant d’ignorer que d’autres contraintes que la concurrence sont prises en compte dans la politique européenne (laquelle, rappelons le, ne peut se faire sans accord de la France)…

Ensuite, le  rapport souligne que la concurrence « donne la priorité au consommateur par rapport au producteur« . Evidemment, sur le ton du reproche.

C’est une deuxième absurdité. Les rédacteurs l’ignorent peut être, mais le but de la concurrence et du marché, c’est précisément de profiter in fine au consommateur.

Bien sûr, avec une argumentation grossière, on peut rappeller qu’il est possible de prendre en compte le « surplus global » (consommateur + producteur) et non le seul « surplus du consommateur » (ce qui implique que le surplus du consommateur peut être négatif si celui du producteur est suffisamment positif pour le dépasser et donc conduire à un surplus global positif).

Le problème, c’est que la ligne que le rapport semble sous tendre, confirmée par ses autres développements, c’est la ligne Montebourg ( « Nous préférons un consommateur qui paie 2 euros plus cher qu’avoir un consommateur au RSA parce qu’il n’a plus d’emploi« , voir ICI, ICI et LA). C’est à dire un système qui protège les rentes des entreprises, en prétendant défendre l’emploi, au détriment des consommateurs et de l’économie en général ! Un système dans lequel les adeptes du crony capitalism obtiennent de l’Etat qu’il construise des barrières pour les protéger des concurrents … et donc maintenir des marges qui leur profite et dont le consommateur fait les frais. Oui, c’est moche, mais dans une économie concurrentielle, les profits tendent à baisser. Sauf si on interdit la concurrence.

Le moyen concurrentiel de recréer des marges, c’est d’innover. C’est à dire d’être le premier à vendre un produit nouveau, sans concurrence donc. Il est d’ailleurs possible de protéger, pourquoi pas, les entreprises innovantes. L’innovation vient alors stimuler la concurrence. La Commission européenne en est tellement consciente qu’elle le rappelle régulièrement, comme le faisait récemment encore Joaquin Almunia.

Le rapport Gallois propose ensuite que des avis d’économistes soient publiés pour les décisions d’aides d’Etat et de concentration.

Là encore, l’intérêt de ces propositions est loin d’être évident. Dans les décisions de concentration qui posent problème, il est de pratique habituelle et très courante que les parties fassent appel à des économistes, comme la Commission. Les économistes interviennent déjà et pas de manière marginale.

Ou alors le rapport vise les aides d’Etat ? Dans ce cas, il vise une nouvelle fois simplement à faciliter l’arrosage d’argent public pour protéger quelques industries copines du pouvoir ou de l’administration ? so French

Enfin, le rapport propose que les recours contre les décisions de la Commission en matière d’aides d’Etat et de concentration se fassent … devant le Conseil des ministres.

C’est probablement l’une des plus grosses et plus belles absurdités de cette très courte page. En clair : la justice rendant des décisions que le rapport juge trop défavorables à la vision étatiste française, il propose que les responsables politiques décident désormais. On ne voit pas bien ce qui justifie d’ailleurs de le limiter au secteur économique … (pourquoi pas en matière pénale aussi ? après tout, le Gouvernement peut avoir une ambition pénale comme il a une ambition industrielle non ?)

Peut être aura-t-il échappé que la réforme française des institutions de politique de concurrence 2008/2009 (LME) a précisément cherché à faire échapper les décisions de concurrence à l’influence néfaste du pouvoir politique ? Peut être aussi a t il échappé que dans un pays comme les Etats-Unis, le recours à la justice est obligatoire dans les décisions les plus lourdes de concentration (ce qui n’empêche pas vraiment les Etats-Unis d’avoir recours aux aides d’Etat…) ?

Cette proposition est clairement un retour en arrière et révélatrice d’une vision bien dépassée de l’économie…

 

En réalité, ce qui transparait de ce paragraphe, c’est la défense ô combien fatiguée et inefficace, si spécifique à la technocratie française, d’un étatisme permanent qui a pourtant déjà maintes fois échoué. En clair, la concurrence c’est mal, si on laissait l’Etat s’occuper du marché et définir qui seront les prochains champions industriels, ca serait mieux…

so French, so techno, so dépassé et inefficace.

Cette page est d’autant plus dommage que la politique de concurrence peut évidemment être améliorée.

Si les auteurs avaient voulu défendre l’émergence de champions industriels que les autorités de concurrence viendraient moins embêter, ils auraient pu choisir de défendre l’idée selon laquelle l’innovation et la performance peuvent conduire au monopole (ou presque). Ils auraient pu regarder ce qu’écrit l’école de Chicago… mais sortir de la vision traditionnelle étatiste franchouillarde était surement un défi trop lourd.