Récemment, Bloomberg expliquait en quoi les inégalités ont du bon. Sur leur blog commun, le juge Posner et le Prix Nobel Becker sont revenus aussi sur cette question, mais à travers un angle différent: celui du rôle de la chance dans la détermination des inégalités. Derrière cette question se pose évidemment celle de la fiscalité.

En effet, si l’on considère que les inégalités sont le fruit de la chance (ou de la malchance), alors la fiscalité pourrait intervenir pour réparer / limiter ces inégalités.

Posner est clairement de cet avis. Pour lui, c’est la chance qui fait tout : « ultimately, eveything is attributable to luck, good or bad« . Déclaration qui implique, que le juge fédéral ne croit pas au libre arbitre : « I do not believe in free will« . Lourde d’implication donc. Il critique ainsi la position qu’il attribue aux héritiers (intellectuels) d’Ayn Rand pour qui, en somme, le travail et le mérite font tout. Pour autant, le juge Posner s’oppose aux taux de taxation trop forts : mais la raison qui fait que ce serait ridicule (de taxer fortement Bill Gates pour réduire les inégalités) c’est que cela aurait des effets désincitatifs terribles, pas parce que cela violerait un quelconque sens de la liberté humaine« . Selon lui, la taxation excessive a un effet négatif sur les incitations au risque, au travail … Si les impôts augmentent, des personnes talentueuses pourraient être incités à préférer leurs loisirs (non taxés) à leur travail (plus coûteux).

Dans son papier, Becker se contente d’adresser le sujet en termes d’incitations, sans entrer aussi profondément dans le débat sur la chance et le libre arbitre : « ma conclusion est que même si la chance joue un grand rôle dans la détermination des gènes, de la famille, de l’éducation et d’autres éléments déterminants de la réussite ou de l’échec, cela n’implique pas grand chose en matière de taxation ni de politiques publiques optimales« .

Les deux défendent donc un point de vue qui se veut purement rationnel et utilitariste … discutable.