C’est le point de vue, très intéressant, défendu par Josh Tyrangiel dans Businessweek et qui est malheureusement trop peu porté en France : les inégalités ne sont pas le vrai problème.

Depuis le début de la crise, le thème des inégalités est au coeur des débats politiques et économiques (le numéro de The Economist de cette semaine l’illustre d’ailleurs). On peut comprendre que dans ce contexte difficile, le mouvement « anti-riches » soit populaire. On comprend aussi que les économistes s’y intéressent (comme l’OCDE ici et ), car un niveau excessif d’inégalités pourrait peut être peser sur la croissance, même s’il ne semble pas être toujours un facteur de risque politique.

Dans son édito, le journaliste américain apporte un point de vue trop rarement entendu. Il rappelle en premier lieu que les inégalités sont aussi un facteur de stimulation de la société (wealth at the top motivates people at the bottom) : c’est l’opportunité de réussir qui motive.  Et pour cela, il faut que l’effort soit récompensé. Les inégalités viennent ainsi signaler les réussites. Josh Tyrangiel ajoute qu’il faut pour cela aussi des symboles de réussite (comme Obama, comme le CEO de Goldman Sachs).

Au final, donc, ce ne sont pas les inégalités qui comptent, mais les opportunités, l’égalité des chances.

Evidemment, l’éditorialiste précise qu’il faut que la société empêche les plus faibles de tomber trop bas, d’où l’intérêt de « safety nets » (mais ce ne doit probablement pas conduire à ce que 53,4% de la population reçoive plus d’argent de l’Etat qu’elle ne paie d’impôts…)

Le problème, c’est que dans la société française, la Gauche et une grande partie de la droite défendent l’idée que les inégalités sont un mal en soi. De ce point de vue, il vaut mieux avoir une société avec peu d’écarts, quitte à empêcher certains de monter trop haut. C’est l’idée d’égalité des places de François Dubet et tous les idéologues qui dénoncent l’égalité des chances. La fiscalité n’est d’ailleurs pensée que dans ce but répressif et punitif (voir ici et ) : qu’on repense à l’idée de plafonnement des salaires défendue pendant la campagne présidentielle ou aux projets fiscaux du Gouvernement actuel (comme de son prédécesseur dans une mesure moindre, mais certaine).

La France ne doit pas chercher à réduire les inégalités. Elle doit prendre soin des plus fragiles et permettre à tous de réussir. Elle doit voir la réussite et la richesse comme des motivations et des valeurs positives. Elle doit lutter contre les rentes (qui sont, notamment, celles de la fonction publique) et encourager la concurrence. Comme je l’avais écrit : la France n’a pas besoin d’une chasse aux inégalités.