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Réforme de l’Éducation : les établissements scolaires ont beaucoup plus besoin d’autonomie de gestion que de supprimer les notes

Une enquête réalisée par le syndicat Unsa auprès des enseignants a montré que 39 % d’entre eux étaient favorables à la suppression du système de notation. Vincent Peillon, ministre de l’Education nationale, s’est toutefois montré opposé à une telle disparition, souhaitant plutôt une évolution de la notation des élèves.

Refonte du système

Publié le 30 août 2012
Un sondage réalisé par le syndicat UNSA montre que 39 % des enseignants seraient favorables à la disparition de la notation des élèves. Peut-être le ministre de l’Education nationale en parlera-t-il avec les syndicats qu’il rencontre ce jeudi. Quoiqu’il en soit, la nouvelle a de quoi relancer les invectives stériles. Il risque surtout de concentrer l’attention sur un point de détail, alors qu’il faudrait réformer plus largement l’évaluation des élèves. La meilleure solution en la matière, c’est peut-être de laisser chaque établissement faire comme il l’entend ! Bref, de libérer le système éducatif !

Le débat sur les notes : dépassé et caricatural

Le sondage réalisé par l’UNSA est marqué par l’importance du soutien à la suppression des notes (qui s’explique peut-être par le fait qu’une grande partie des sondés sont ses membres). Régulièrement, le sujet revient dans le débat public[1]. Il oppose de manière grotesque les « pédagogues soixante-huitards » aux « réactionnaires autoritaires », faisant continuellement intervenir les mêmes porte-paroles de chacun des deux camps, qui savent parfaitement tenir leur rôle de caricatures.

Le vrai sujet est de penser l’évaluation des élèves

L’évaluation des élèves repose aujourd’hui presque exclusivement sur les notes. Or, « la note sert peu les progrès des élèves » selon l’Inspection générale de l’Education. Alors qu’elle récompense les meilleurs, elle « décourage, dégoûte (…) et fait perdre l’estime de soi » des élèves en difficulté. Le problème, ce n’est pas tant la note que ce qu’elle représente : un système d’évaluation qui stigmatise (jusqu’à la nullité du « zéro pointé »), qui ne sait pas convaincre les élèves qu’ils peuvent tous progresser. Vincent Peillon l’a expliqué à juste titre, bien qu’il soit resté bien vague sur ses propositions.

L’évaluation des élèves doit changer pour les motiver, les faire progresser, les encourager. Les notes permettent de se situer sur une échelle de connaissance (dans une interro, l’élève sait ou ne sait pas). Il faut les conserver. Mais elles pourraient être accompagnées d’autres évaluations, mettant en valeur les progrès des élèves, leur capacité de réflexion. Les élèves doivent apprendre que l’effort et le travail sont récompensés. Le débat sur les notes devrait donc servir à repenser et renforcer l’évaluation afin de pousser tous les élèves vers de meilleures performances, et non à encourager un égalitarisme malvenu.

Ce débat est typique des commentaires sur l’école en France

Le débat sur les notes rate cependant l’essentiel. Il est caricatural des débats sur l’Ecole en France. D’abord, il se concentre sur un micro-sujet au regard des enjeux énormes qui se présentent à l’Education Nationale et s’enferme dans un sempiternel échange venimeux entre les différentes tendances politiques et pédagogiques. C’est oublier qu’il faudrait plutôt songer à réformer en profondeur le système scolaire français ! Surtout, ce débat sur les notes est révélateur d’un système hyper-centralisé : la solution devra être appliquée uniformément à tous les établissements de France. C’est totalement absurde !

Libérer le système scolaire pour laisser faire les établissements comme ils le veulent !

Une révolution est nécessaire : celle de la liberté, laquelle repose en premier lieu sur une autonomie totale des établissements, tant en matière de gestion financière et humaine que de pédagogie. La philosophie générale est simple : l’Etat fixe les objectifs à atteindre, les établissements sont libres d’employer les moyens qui leur semblent les plus adaptés pour y parvenir (en fonction de leurs élèves, par exemple).

Dans ce système éducatif, la question de savoir si les notes doivent être supprimées ou non importerait peu ; pas plus que celle qui s’interroge sur l’organisation de la journée (trop de cours ? plus d’activités parascolaires ?). Les établissements seraient libres de s’organiser comme ils le souhaitent. Leurs résultats parleraient. Les parents d’élèves pourraient alors choisir selon leurs préférences pour telle ou telle pédagogie ou organisation du temps scolaire. Avec l’Institut Thomas More, nous avions fait des propositions dans ce sens.

Le problème, c’est que le gouvernement va à l’opposé de ces réformes. Il persiste dans la centralisation (même si, pour le moment, il ne touche pas à l’expérimentation d’autonomie qu’est le programme ECLAIR après l’avoir pourtant vertement critiqué). Il espère mettre quelques rustines par endroits, mais se laisse en réalité enfermer dans un raisonnement en termes quantitatif (« toujours plus » de moyens, de profs…) au lieu de penser enfin la qualité (« toujours mieux ») et la liberté de choix. La voie suivie par le gouvernement est une impasse ! Il est urgent de révolutionner le système scolaire !


[1] Les parents et surtout les élèves semblent cependant y rester attachés (les enseignants qui font l’expérience du travail « non noté » se rendent généralement vite compte que personne ne le prend au sérieux).