Charles Murray a publié fin juillet dans le Wall Street Journal un excellent essai sur la réputation du capitalisme, qui mérite d’être lu intégralement. A défaut, en voici quelques idées saillantes (et un résumé imparfait).

L’auteur s’interroge sur la mauvaise image du capitalisme, alors même qu’il « est la meilleure chose qui ne soit jamais arrivé, d’un point de vue matériel, à l’espèce humaine« . En effet, partout où ce système économique a été adopté, la richesse a crû et la pauvreté a baissé. Partout où il a été rejeté, les gens sont restés pauvres où se sont appauvris. Ainsi, « le capitalisme a sorti le monde de la pauvreté car il offre aux gens une chance de devenir riche en créant de la valeur et en en étant récompensés« .

Pourtant, le capitalisme n’est plus très populaire. Aux Etats-Unis, l’argument est même utilisé comme une attaque contre Mitt Romney… Partout, se généralise l’idée que « si vous vous êtes enrichi, c’est parce que quelqu’un d’autre s’est appauvri« .

Pour Charles Murray, deux raisons expliquent cette impopularité:

1) D’abord, c’est le développement du capitalisme de collusion (collusive capitalism). Son premier aspect, c’est le capitalisme de copinage (crony capitalism), qui fait que les capitalistes se pistonnent et contournent le marché… Son second aspect, le plus significatif, c’est le développement de la collusion produite par l’Etat (government), qui conduit à la corruption, qui peut être à l’avantage d’une entreprise ou même de tout un secteur, quand celui-ci parvient par le lobbying et la captation à utiliser la production législative et les subventions publiques à son avantage (analyse très public choice). C’est ce capitalisme qui est devenu le plus visible et (malheureusement) synonyme du capitalisme dans l’esprit public

2) Ensuite, c’est le développement des grandes fortunes. Si les Américains saluent et adorent les fortunes faites sur la création de produits et services nouveaux, ils ont beaucoup plus de mal avec les fortunes de la finance, qui se font dans un certain méconnu du grand public. Résultat, ces « opportunités ne sont pas ouvertes aux gens ordinaires« , ce qui contrevient à l’idéal américain.

Un autre problème, c’est que les « riches » eux mêmes prennent rarement la parole pour défendre le système qui leur a permis de réussir. Selon l’auteur, c’est notamment vrai des milliardaires des nouvelles technologies et des média, qui sont de gauche (liberals), qui estiment que leur propre réussite est légitime mais ne se sentent pas redevables vis à vis du capitalisme.

En outre, Charles Murray regrette qu’on ait abandonné un discours moral sur le capitalisme. Comme aujourd’hui on ne s’exprime plus en termes de « bien » et « mal », plus personne n’ose défendre ce qu’il y a de « bien » dans le capitalisme, ni vraiment dénoncer ce qu’il s’y trouve de « mal ». Ainsi, « les capitalistes qui se comportent bien n’ont plus l’opportunité ni le vocabulaire pour défendre leurs propres standards et condamner les capitalistes qui se comportent de manière peu honorable« .

Aussi, Charles Murray souhaite trouver un discours qui convainque les Américains qu’ils ont de belles raisons d’aimer le capitalisme. Selon lui « les Etats-Unis ont été créés pour favoriser l’épanouissement humain. Le moyen d’y parvenir est l’exercice de la liberté dans la poursuite du bonheur. Le capitalisme est l’expression économique de cette liberté. La poursuite du bonheur (le bonheur étant défini dans le sens classique d’une satisfaction justifiée et durable dans la vie en général) dépend de la liberté économique autant qu’elle dépend des autres libertés« .

L’auteur estime en conclusion « qu’il devrait être possible de faire revivre un consensus national affirmant que le capitalisme recouvre les meilleures et plus essentielles aspects de la vie Américaine; que libérer le capitalisme pour lui permettre de faire ce qu’il fait de mieux ne fera pas que créer de la richesse nationale et réduire la pauvreté, cela étendra aussi la possibilité pour les Américains d’atteindre leurs objectifs  – de poursuivre le bonheur« .

Le plus simple est de citer l’article lui-même: