Le Ministre du Redressement Productif accorde ce matin un entretien au journal Libération. C’est pas triste.

Il y explique à nouveau son idée selon laquelle augmenter la concurrence, c’est réduire les marges des entreprises, ce qui les pousse à licencier. En conclusion, il faut donc limiter la concurrence, ce qui sauvera l’emploi.

Ce raisonnement est évidemment totalement faux économiquement. Ce que Monsieur Montebourg défend, c’est la protection des rentes des entreprises : en les protégeant, elles renforcent leurs marges, dit il.

Outre qu’il n’est pas prouvé qu’elle les répercuteraient systématiquement sur les embauches ou les salaires, cette analyse oublie aussi le fait que les embauches sont contraintes par le coût et la législation du travail.

Elle oublie aussi que quand la concurrence diminue, les prix aux consommateurs augmentent : mais ça, le Gouvernement l’assume très clairement (« Nous préférons un consommateur qui paie 2 euros plus cher qu’avoir un consommateur au RSA parce qu’il n’a plus d’emploi » disait il aux Echos). En outre, l’entreprise qui n’est pas incitée à être performante … ne l’est pas et au final se laisse distancer par ses concurrents (étrangers) qui produisent mieux et moins cher …

La concurrence au contraire crée des emplois et les délocalisations participent de ce système. Je renvoie à mon papier récent sur Atlantico, ou aussi, plus scientifique, à cet excellent papier de Cahuc, Kramarz et Zylbergerg (un peu daté, mais toujours vrai).

PS : même Le Monde entre dans la danse.

Extrait:

« On peut se demander où est passé le Montebourg d’avant 2012, celui du consumérisme, de l’ouverture à la concurrence, l’avocat des class actions ? Il n’y aurait pas un peu de reniement ?

Je ne comprends pas le sens de votre question. J’ai fait toute ma campagne de la primaire sur le thème de la démondialisation et du redressement industriel. Démondialiser, c’est rapprocher les lieux où l’on produit des lieux où l’on consomme. L’émergence du low-cost a conduit aux délocalisations dans beaucoup trop de secteurs, notamment dans l’automobile. Dans l’aérien, il a accéléré les difficultés d’Air France. Dans les télécoms, l’arrivée d’un quatrième opérateur, low-cost, a contribué à l’accélération des destructions d’emplois. Et je reste favorable aux actions de groupe dans le cadre de la défense des consommateurs.

Pourtant, l’arrivée de Free a redonné du pouvoir d’achat en faisant baisser les factures…

Le consommateur est aussi un chômeur en puissance. Qu’allez-vous faire d’un consommateur qui n’a pas de travail ? Mon projet est de réconcilier le salarié, le consommateur et le citoyen. Il ne s’agit pas non plus de créer des conditions de rente pour les producteurs. Je crois que le curseur est allé, parfois, trop loin. On ne peut pas accepter que la concurrence libre et non faussée, c’est-à-dire sauvage, aille jusqu’à détruire les emplois et les outils de production. »