Voici le texte d’un papier que publié sur Atlantico : Les Français sont de plus en plus seuls… La faute de l’État-providence.

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La Fondation de France a publié récemment l’édition 2012 de son rapport sur les solitudes en France. La conclusion est que les Français sont « de plus en plus seuls depuis deux ans ». Et si c’était aussi la faute de l’excès d’État-providence ? Qui a fini par tuer la solidarité sociale.

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La Fondation de France relève que « la part de la population française en situation d’isolement relationnel progresse de 2 points passant de 9% en 2010 à 11% en 2012 ». Ainsi « 4 800 000 personnes éprouveraient désormais de réelles difficultés à développer des relations sociales ». Sans surprise, les personnes qui vivent seules sont plus nombreuses à expérimenter la solitude, mais aussi les Français les plus pauvres. En outre, les personnes qui ont des « contrats précaires » expérimentent plus fortement la solitude.  Les principaux évènements conduisant à la solitude sont le divorce / la séparation, un décès, la maladie…

Contrairement aux commentaires habituels, il faut souligner le rôle de l’État-providence qui est particulièrement responsable de ces échecs parce qu’il a tué la société.

Pour reprendre une analyse développée en Grande Bretagne par Philip Blond, l’émergence de l’État-providence dans la seconde moitié du XXe siècle a substitué une solidarité verticale (individu / État) aux solidarités horizontales passées (églises, syndicats, etc.). La fin du siècle précédent, marqué par la chute de l’URSS et la mondialisation, a aussi révélé l’incapacité de l’État-providence à faire face à ces nouveaux défis : il ne s’est pas réformé, entretenant les rigidités économiques (sur le marché du travail par exemple) et les rentes injustifiées (dans l’éducation par exemple). Il a tenté de repousser l’échéance, en vain, ce qui a conduit à la crise actuelle des dettes publiques.

Au final, l’État-providence n’est plus capable de garantir une solidarité verticale : les citoyens se retournent vers les communautés locales (voire dans le communautarisme) ou vers leurs familles – seules cellules de sociabilité encore relativement solides. Mais ils le font avec un certain désarroi. Ils ne comprennent pas que l’État ne soit plus là quand ils se tournent vers lui : la canicule de 2003 était illustrative, lorsque les Français ont reproché à l’État d’avoir laissé mourir leurs voisins… Comme s’il n’était pas de leur responsabilité de se soucier des gens sur leurs paliers.

Il n’est dès lors pas étonnant que les plus seuls soient ceux qui ont des « contrats précaires » (ces instruments de flexibilité introduits en marge d’un marché du travail trop rigide) ou ceux dont la cellule familiale a disparu (par séparation ou décès).

Pour recréer du lien social, l’État n’est pas la solution : il en est globalement incapable aujourd’hui. Les associations peuvent y participer, mais aussi les citoyens à travers l’empowerment des communautés locales. C’était déjà au fond le message libéral de Tocqueville. Un État réformé permettra une société libérée et responsabilisée. Il faut espérer qu’il pourra se concentrer enfin efficacement sur les plus fragiles. Il faudra pour cela engager des réformes structurelles rapidement, car son action sera inefficace aussi longtemps que le marché du travail sera bloqué et que l’École sera injuste…

L’origine de la crise de la solitude est bien l’absence de lien social aujourd’hui, qui ne vient pas d’une absence d’État et d’un excès de libéralisme économique mais d’un excès d’État et d’une absence de libéralisme.