Lorsqu’une entreprise voit ses clients fuir ses produits, elle innove et se réforme ou elle disparait (parfois avec quelques soubresauts prolongés si le Ministre du redressement productif intervient). Lorsque l’Education nationale voit ses élèves fuir ses établissements, elle le leur interdit.

La sénatrice François Cartron vient de remettre un rapport sur la carte scolaire. A base d’entretiens et de quelques évaluations chiffrées (un peu trop rares), elle estime que la réforme a été un échec – reconnaissant cependant que les possibilités ouvertes par la réforme ont été très contraintes. Il faut dire que les familles ont été peu informées : résultat, seuls ceux qui ont accès aux informations s’en sortent (les fils de profs et les gosses de riches).

Le rapport contient un passage très surprenant sur l’Éducation prioritaire (page 27). Il constate que l’assouplissement de la carte scolaire de 2007 explique « 30% des pertes d’effectifs des collèges RAR entre 2000 et 2009 ». La sénatrice relève alors que « cette érosion massive des effectifs conduit ensuite à des baisses de dotation aux établissements concernés« . Dès lors, elle « déplore la déstabilisation dont est victime l’éducation prioritaire du fait de l’assouplissement de la carte scolaire. Cette fragilisation forme le pendant de la promotion idéologique d’une politique dite « d’excellence » qui renonce à s’attaquer à la réduction des inégalités sociales et de l’échec scolaire ».

En clair :

– il vaut mieux que tous les gamins moisissent dans des établissements difficiles plutôt que certains s’en sortent ; et donc il vaut mieux interdire aux enfants de partir des écoles où visiblement ils ne veulent pas aller ;

– il vaut mieux ainsi stabiliser le nombre d’élèves pour garantir la stabilité des budgets, plutôt qu’inciter les établissements à entrer dans un processus de stimulation les obligeant à innover pour attirer à nouveau les élèves – quitte à leur donner de l’autonomie sur les méthodes, les équipes, les budgets ; quitte à donner vraiment plus à ces établissements en difficulté … voire à les fermer le cas échéant ;

Bref, il vaut mieux garantir la mixité sociale dans la médiocrité contrainte qu’accepter des inégalités passagères dans l’émulation intellectuelle et la mobilité sociale.