Ce que la religion nous dit de l’homme

Voici le texte d’un papier que j’ai publié sur le blog Trop Libre (Fondapol) : Ce que la religion nous dit de l’homme.

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Lionel Obadia, L’anthropologie des religions, Paris, La Découverte, Coll. Repères, 2012, 2ème éd., 108 pages.

Parlez d’anthropologie autour de vous ; vous serez étonné. Pour les plus imaginatifs, cette activité implique des explorateurs intrépides partant, tel Indiana Jones, à la rencontre de peuples inconnus et dangereux. Pour les plus sérieux, la discipline se réduit à un discours jargonneux livrant, dans une ivresse de détails, des études minutieuses sur la vie de tribus primitives reculées. Les révoltés chroniques  projetteront quant à eux sur l’anthropologie leur rejet romantique et urbanocentriste de la société de consommation. En définitive, la discipline, auquel est vaguement associé le nom de Lévi-Strauss, est largement méconnue. Pour y remédier, le petit ouvrage de Lionel Obadia propose une introduction très complète aux méthodes anthropologiques appliquées à l’étude des religions.

Une discipline ancienne

Selon l’auteur, l’anthropologie des religions est « l’étude des sociétés non occidentales et de leurs systèmes de croyance ». La discipline connut son âge d’or à la fin du XIXème siècle et au début du XXème et n’a retrouvé un souffle que dans les années 1970, sous l’impulsion de l’anthropologue américain Clifford Geertz (entre temps, elle avait tout de même été animée par de grands noms comme celui de Marcel Mauss).

Qu’est-ce qu’une religion ?

Pour les anthropologues, la question n’est pas simple et ne fait pas consensus. Lionel Obadia parvient à dégager trois grandes acceptions du terme parmi les anthropologues. La première, exprimée par Edward Tylor, retient comme critère principal l’existence d’entités personnalisées que sont les « esprits » et, partant, d’une forme plus sophistiquée qu’est le divin. La seconde, celle d’Emile Durkheim, s’appuie sur la notion de sacré qui se révèle centrale et demeure encore largement privilégiée en anthropologie.

Pour autant, « le problème de ces définitions, relevant respectivement d’une anthropologie culturelle et d’une anthropologie sociale, c’est qu’elles se fondent toutes sur un paramètre unique ou prédominant qui serait susceptible de résumer à lui seul la complexité du fait religieux ». Aussi l’auteur préfère-t-il la définition proposée par Marcel Mauss selon laquelle la religion se rattache à un ensemble de croyances et de rites, de discours et d’actes.

Une question de technique

La religion à peu près cernée, il reste à définir ce qu’est l’anthropologie, ce qui implique d’étudier ses méthodes d’analyse spécifiques. La discipline privilégie l’enquête directe sur le terrain : c’est l’expérience ethnographique et l’expérience in situ de la vie religieuse qui offrent le meilleur cadre d’observation.

Mais, précise l’auteur, ce travail d’observation réalisé, il reste à traiter les données relevées, à les interpréter, l’anthropologie ne pouvant se contenter de rester descriptive. Cette « mise en théorie » est essentielle car, ce n’est « pas tant le contexte qui donne consistance à un système religieux que le travail du chercheur qui compose ou recompose ces fils insaisissables ».

Modèles et objets de l’analyse anthropologique

L’ouvrage présente ensuite les objets sur lesquels porte l’anthropologie des religions.

Pour Lionel Obadia, « les trois grandes questions qui fondent la naissance de l’anthropologie des religions sont respectivement celles des origines, de la nature et de l’évolution de la religion ». C’est la première interrogation, celle de la naissance des religions, qui a « obnubilé les anthropologues » pendant longtemps, chacun se livrant à une concurrence dans la recherche de la première religion de l’humanité.

Ce primitivisme ayant fait long feu, Lionel Obadia explique que l’anthropologie se porte aujourd’hui sur d’autres modèles : la magie et la sorcellerie (celle-ci représentant d’ailleurs l’un des objets les plus habituellement attribués à l’anthropologie) mais aussi le totémisme, le chamanisme ou l’animisme.

L’anthropologie, jusqu’où ?

L’ouvrage se conclut par une discussion sur les débats académiques contemporains. L’un des plus vifs d’entre eux porte sur l’opportunité de porter ses études sur les nouveaux mouvements religieux. Cette possibilité est écartée par l’auteur, qui rappelle que « l’anthropologie est avant tout inscrite dans une tradition scientifique liée à une histoire et une géographie particulières, celles des mondes « primitifs », qui la fondent autant qu’elles en contraignent l’extension ».

Un ouvrage à apprécier dans un calme studieux

Comme tous les ouvrages de la collection Repères, le livre de Lionel Obadia a l’incomparable avantage d’être court, clairement organisé et d’offrir une introduction simple, rapide et relativement complète à des thèmes très précis. La contrepartie de cette brièveté est la densité des pages qui le composent, qui réclame une grande concentration de la part du néophyte. L’effort est largement récompensé par la découverte d’une discipline passionnante.

Erwan le Noan

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