Voici le texte d’un papier que publié sur Atlantico : Taxer les footballeurs à 75% comme le propose Zidane, c’est tuer le football français ! 

 

Zinedine Zidane s’est prononcé en faveur de la taxation des hauts revenus à hauteur de 75%. Une belle utopie qui supposerait la fuite des meilleurs footballeurs français vers des horizons fiscalement plus favorables.

Zinedine Zidane  a accordé un entretien au journal Le Monde  dont le titre originel sur internet retenait qu’il « soutient la taxation à 75% des plus riches ». Il y explique : « je n’ai jamais eu de problèmes avec le fait de payer des impôts, de reverser 50 centimes pour 1 euro gagné » (ce qui ressemble d’ailleurs plutôt à un soutien à l’ex-bouclier fiscal). Voilà qui est très gentil et généreux de sa part !

Le problème c’est que dans le monde réel, cela ne marche pas.

Le monde réel, c’est celui où des sportifs richissimes, comme Yannick Noah, donnent des interviews dans la presse en expliquant que s’ils y étaient contraints par le fisc, ils seraient ravis de payer 75% d’impôt, sans d’ailleurs bien expliquer pourquoi pour le moment ils gardent bien généreusement cet argent pour eux-mêmes. Car, qu’est ce qui les empêche de donner tout de suite, sans attendre d’y être forcés par la puissance publique ?

Le monde réel, surtout, c’est celui où les sportifs de haut niveau et les artistes fuient les pays qui imposent des taxes trop élevées sur les hauts revenus. Et notamment les footballeurs car, exerçant leur activité sur le sol français, ils ne peuvent pas y échapper quand tant d’autres (artistes, tennismen, pilotes ou grands patrons) pratiquent abondamment l’optimisation-évasion fiscale…

Henrik Kleven, Camille Landais et Emmanuel Saez l’ont prouvé par leurs travaux ! Ces trois économistes ne peuvent pas être soupçonnés d’être d’affreux libéraux copinant avec les « riches » : deux d’entre eux ont écrit avec le grand adepte de la taxation qu’est Thomas Piketty et Emmanuel Saez a signé un article avec Peter Diamond soutenant une taxation accrue des revenus aux Etats-Unis, ce qui l’a placé au cœur des débats économiques outre-Atlantique.

Laissons de côté l’article dans lesquels ces auteurs démontrent que le régime fiscal danois favorable aux hauts revenus a permis à ce petit pays d’attirer des talents (ils expliquent d’ailleurs que lorsque sa suppression a été envisagée, les clubs de football danois ont violemment protesté). Il faut s’intéresser plutôt à leur article consacré spécialement à l’influence de la fiscalité des hauts revenus sur la mobilité des footballeurs en Europe.

Quelles en sont les conclusions ?

La principale, c’est que les pays européens où la fiscalité des hauts revenus est la plus favorable ont attiré les meilleurs footballeurs, ce qui leur a permis d’améliorer la performance de leurs clubs. Leurs analyses relèvent « une preuve suggestive, si ce n’est concluante, d’un lien entre la taxation des plus hauts revenus et la mobilité des joueurs de football ».

Leur article s’appuie ainsi sur les exemples de l’Espagne et de l’Italie : le premier pays a mis en place en 2005 la « loi Beckham » qui offre un statut fiscal privilégié aux étrangers, mais pas le second. Conséquence immédiate : l’Espagne a attiré de nombreux joueurs étrangers, beaucoup plus significativement que l’Italie. Les économistes proposent même un contre-exemple : la Grèce. Jusqu’en 1993 ce pays offrait un régime fiscal avantageux qui profitait aux footballeurs. Sa suppression, valable uniquement pour les joueurs entrés sur le marché après 1992, a fait augmenter très significativement le nombre de joueurs grecs pratiquant leur « art » à l’étranger ! Pour les auteurs, cela « suggère que les taxes sur les hauts salaires dans un pays ont un impact significatif et négatif sur la migration des joueurs nationaux ».

Ils concluent en relevant que « les pays avec de faibles taxes ont été plus capables d’attirer les bons joueurs étrangers et de garder les bons joueurs nationaux, ce qui a conduit à une amélioration de la performance des clubs ». Ce n’est d’ailleurs pas par hasard si les représentants des clubs de football français se sont opposés à la proposition de François Hollande. Au demeurant, des simulations démontrent que pour un revenu de 50 000 euros mensuels versé à un joueur, les charges patronales (environ 40%), salariales (environ 12%) et l’impôt sur le revenu (environ 30%), conduisent déjà à une pression fiscale globale de près de 80% ! Taxer à 75 % en France, c’est assurer le succès du Real Madrid !

Les débats sur la fiscalité des hauts revenus n’ont de sens que s’ils visent à encourager la croissance et non des objectifs punitifs et confiscatoires dont les effets économiques et la symbolique sont nuisibles au dynamisme et aux valeurs de travail et de réussite individuelle. A ce titre, le monde réel, c’est aussi celui où beaucoup de contribuables sont las d’entendre des gens qui vivent à l’étranger donner des leçons de morale sur l’importance d’une contribution fiscale à laquelle ils ne participent pas.