Voici le texte d’un papier que j’ai publié sur le site d’information Atlantico : Mario Draghi socialiste… Ah oui, vraiment ?

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Mario Draghi socialiste… Ah oui, vraiment ?

Suffit-il que le directeur de la BCE parle de croissance pour qu’il soutienne François Hollande ? La nouvelle d’un Mario Draghi convaincu par le candidat PS a rapidement circulé. Pourtant, dans les faits, il s’inscrirait plutôt dans une réflexion européenne de remise en cause des politiques d’austérité que dans une conversion au socialisme.

A en croire une partie de la presse, le président de la Banque Centrale Européenne aurait apporté son soutien à François Hollande. Le candidat socialiste lui même s’en est félicité (ce qui est de bonne guerre). Ce qui est étrange et dérangeant, c’est que cela ne correspond en rien à la réalité. Mario Draghi a parlé de croissance, certes, mais cela ne suffit pas à conclure qu’il est sur la même ligne que François Hollande, bien au contraire.

Ce qui est vrai, c’est qu’il existe un débat actuellement sur l’austérité. Il ne porte pas sur le principe de l’apurement des comptes publics : depuis les travaux de Rogoff et Reinhart qui montrent que l’excès de dette nuit à la croissance, un consensus existe globalement sur ce point. Aujourd’hui, les questions portent sur les modalités de mise en œuvre des politiques de retours à des finances publiques plus saines (je l’ai rappelé ailleurs). Il s’agit de savoir s’il faut aller plus ou moins vite dans cette action, et s’il vaut mieux augmenter les impôts ou baisser les dépenses (voir les débats sur voxeu, et notamment l’article d’Alesina et Giavazzi, les travaux de l’OCDE, du FMI, cette contribution de The Economist, etc.).

Ce qui est vrai aussi, c’est que plusieurs dirigeants politiques ont souhaité qu’une part plus importante du débat soit accordée à la croissance. Mario Draghi en a été l’exemple hier.

Mais sur les méthodes, les pistes divergent radicalement de ce que propose François Hollande.

En février dernier, douze dirigeants européens (dont MM. Cameron, Monti et Rajoy) ont adressé un courrier à l’Union européenne pour réclamer « de la croissance ». Qu’ont-ils écrit ? En résumé, qu’il fallait libéraliser. Ils ont demandé (entre autres) « que soient levées les restrictions qui limitent l’accès et la concurrence » sur le marché des services (Bolkestein is back !), le développement de e-commerce, un système « business-friendly » de protection de la propriété intellectuelle, la poursuite de libre échange, la réduction des charges administratives, la réforme des marchés du travail et le bon fonctionnement des marchés financiers ! Ces propositions n’ont rien d’étonnant. On y retrouve les pistes qu’avaient dessinées Mario Monti dans son rapport pour approfondir le marché unique, ou celles que propose le programme de la Commission européenne : Europe 2020.

C’est bien une politique de l’offre que propose le reste de l’Europe ! Angela Merkel était claire hier à cet égard : l’Europe veut la croissance « par les moyens que Mario Draghi a indiqués, c’est-à-dire des réformes structurelles ». Celles qu’avançaient le rapport Camdessus de 2005, celles de la concurrence que prônait le rapport Attali de 2008.

A ce titre, François Hollande est bien isolé. Car il est tout de même très loin des précédents, avec ses propositions d’augmentation du SMIC, de grand emprunt européen pour financer des « grands projets », de révision des traités communautaires … Il en est encore plus éloigné quand il déclare sur TF1 mardi dernier que s’il est élu « c’en sera fini du libre échange, de la concurrence sans limite ». Enfin, il est à leur opposé quand il s’allie avec un parti comme EELV qui vante la « décroissance ».

Peut-être Monsieur Hollande a-t-il raison et les autres leaders européens tort. Mais c’est un mensonge de faire croire qu’ils sont d’accord !