Dans leurs dernières contributions à leur site commun, Gary Becker et Richard Posner s’interrogent sur les politiques américaines en faveur de l’industrie… et ils sont sévères.

Pour Becker (prix nobel d’économie), le déclin de l’emploi industriel s’explique par la concurrence chinoise et les progrès de productivité. Au demeurant, il dresse un parallèle avec l’agriculture : en 1900, écrit-il, le secteur agricole représentait 40 % de l’emploi américain. Aujourd’hui, il ne représente que 2,5 % … et pourtant les Etats-Unis exportent ! Il ne sert donc à rien de se lamenter sur la diminution de l’emploi dans le secteur manufacturier, ni de le subventionner ! Ce qu’il faut,  c’est penser et encourager la croissance de demain. Richard Posner ne dit pas autre chose, considérant que les subventions devraient être réservées aux secteurs qui génèrent des externalités positives (comme la fabrication de vaccins).

 

Un débat mal présenté

Cette question n’est pas sans rappeler le débat politique français… qui n’est vraiment pas nouveau (on se souvient du rapport Beffa de 2005 et des Etats Généraux de l’Industrie en 2009).

Nos responsables (de tous bords) semblent estimer qu’il vaut mieux sauver, coûte que coûte (surtout quand c’est le contribuable qui paie), une entreprise qui ne produit plus de manière suffisamment concurrentielle, un secteur qui ne fabrique plus de manière compétitive, au nom d’un idéal aux origines méconnues qui voudrait que la production c’est les grosses usines industrielles du XXème siècle (voir ce dossier de la Fondation Jean Jaurès , au ton volontairement lyrique et angoissant : « la situation la plus inquiétante est celle du pouvoir des Etats face au marché et de leur capacité à endiguer la lente et dévastatrice désindustrialisation »).

Ces logiques sont absurdes, car elles sont coûteuses. Elles sont légères, car elles ne préparent pas l’avenir de la croissance, qui passe par l’innovation / l’augmentation de la valeur ajoutée et l’amélioration des processus de productions. Elles sont mensongères, car elles font croire que la France pourrait, seule au monde, préserver des modes de fabrication non compétitifs et dépassés.

Bien sûr, le processus de destruction créatrice emporte des conséquences humaines. Mais mettre des entreprises en les mettant sous perfusion de subventions publiques ne sauve rien : cela ne fait que décaler l’échéance de leur disparition. Il faudrait plutôt prendre en charge les salariés concernés pour les accompagner vers des emplois différents, de préférence en les formant en amont.

La désindustrialisation en chiffres

La désindustrialisation se constate par trois phénomènes selon la Direction du Trésor : 1)  « l’industrie a perdu 36 % de ses effectifs entre 1980 et 2007, soit 1,9 million d’emplois ou encore 71 000 par » ; 2) « le poids de l’industrie dans le PIB en valeur est passé de 24 % à 14 % entre 1980 et 2007 » ; et 3) le secteur des services croît fortement.

Cela s’explique de trois manières : 1) la poursuite de l’efficacité économique qui encourage l’externalisation (25 % des pertes d’emplois) ; 2) les gains de productivité qui ont bouleversé les modes de production (30 % des pertes) ; et 3) la concurrence étrangère

Que faire ?

Soit gaspiller l’argent public dans des structures économiques non viables, sans garantir d’avenir à long terme pour les salariés. Soit faire des réformes structurelles, qui peut s’accompagner d’une politique industrielle d’innovation et d’avenir, accompagnée d’une ambition de formation… (on peut lire l’interview de Claude Bébéar à ce sujet)

Sinon il faudra subventionner le minitel et les mines de charbon pour les protéger d’Internet et de l’électricité nucléaire…