Voici le texte d’un papier que j’ai publié sur le site d’information Atlantico : Et si les primaires étaient une machine à affaiblir les programmes politiques ?

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Le succès des primaires ne doit pas cacher la dynamique qu’elles peuvent donner aux personnalités ou courants minoritaires au sein des partis.

A l’issue d’un processus long de plusieurs mois, François Hollande a été désigné candidat à l’élection présidentielle de 2012. Pour autant, il n’est pas certain que le Parti socialiste en sorte aussi fort qu’il le souhaite ou le pense. Au contraire, ses divisions traditionnelles sont renforcées.

La primaire comme révélateur des divergences socialistes

La principale faiblesse de la primaire est en effet qu’elle n’a pas résolu le problème fondamental du Parti socialiste, qui est son absence de ligne idéologique claire, partagée entre (au moins) deux fragments dont les aspirations économiques et sociales sont très divergentes.

C’est un fait que depuis de longues années, le Parti socialiste français est partagé entre une ligne plutôt réformiste qui s’accommode plus ou moins bien de l’économie libérale et se prête aux compromis pour un réformisme concret d’une part, et une frange plus contestataire qui prétend, d’une certaine manière, réaliser le « grand soir » des marchés d’autre part.

François Hollande, comme Dominique Strauss-Kahn ou Lionel Jospin, sont dans le premier camp. Arnaud Montebourg lui, est clairement dans le second : ses thèses sont très éloignées du réformisme de gauche. Pascal Lamy, Directeur de l’Organisation Mondiale du Commerce et homme de Gauche, qualifie ainsi la « démondialisation » de « concept réactionnaire ». [1]

Or le problème est bien là : grâce au score important qu’il a réalisé, Monsieur Montebourg a été en mesure d’imposer une partie de ses thèmes dans le débat socialiste et, probablement, dans le programme du candidat. A cause de sa performance, le député de Saône-et-Loire empêche le Parti socialiste de choisir une ligne entre ses deux tendances fortes.

Au-delà d’une simple faiblesse, il s’agit bien d’un défaut de la primaire de 2011. En définissant d’abord son programme, forcément consensuel pour permettre à ses deux tendances opposées de se retrouver, et en choisissant ensuite – et seulement ensuite – son candidat, le Parti socialiste a privilégié le choix d’une personne à celui d’un programme clair. Il a fait le choix de la victoire à tous prix, plutôt que celui de la clarté programmatique. [2]

Cela remet-il en cause le principe de la primaire ?

Probablement pas. Ce processus démocratique, dont le succès était assuré à une époque où la demande de participations nouvelles est croissante, permet de donner une dynamique unique à un parti.

Lorsque celui-ci est dans l’opposition, elle renforce en plus sa liberté critique par une mobilisation de ses militants. Mais il n’en reste pas moins qu’aujourd’hui l’ambigüité idéologique du Parti socialiste demeure.

Cela signifie-t-il que le Parti socialiste va perdre l’élection ?

Si sa victoire n’est pas plus assurée que sa défaite, la volonté de la gauche de revenir au pouvoir après une très longue absence devrait faire taire les divergences le temps de la campagne. Mais le Parti socialiste devrait s’inquiéter s’il parvient aux responsabilités.

L’exercice gouvernemental de François Hollande sera certainement bien plus au centre que son propre discours préélectoral – comme Lionel Jospin entre 1997 et 2002. Cela ne manquera pas de frustrer une partie de son électorat et du Parti  socialiste. A ne pas affronter son ambigüité idéologique, le Parti socialiste se condamne à retomber dans des crises de valeur.

La droite fait-elle mieux de son côté ?

Certainement pas. Les divergences d’opinion entre la droite populaire, qui flirte avec le Front national, et les centristes sont très marquées. Mais jusqu’à ces dernières années, à l’inverse du Parti socialiste, la droite était parvenue à faire preuve d’une certaine cohérence de rassemblement, et à éviter de se diviser trop profondément.

L’émergence et l’installation dans le paysage politique de clubs, de courants divers, risquent fort de rigidifier ces différences. L’UMP court de plus en plus le risque de devenir un PS, partagé idéologiquement entre chapelles divergentes.


[1] Le Monde, 1er juillet 2011, LIRE

[2] Mais, après tout, peut on le reprocher à un parti politique ?