Voici le texte d’un papier que j’ai publié sur le site d’information Atlantico : Qui a dit qu’il n’y avait pas assez de mosquées en France ?

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Les lieux de culte musulmans sont en constante augmentation. On en compte 2 368 aujourd’hui. C’est le signe de l’installation d’une classe moyenne musulmane capable de financer ses mosquées, et sans doute la preuve de l’intégration de l’Islam dans la République.

La presse se fait en ce moment l’écho des difficiles négociations autour de l’ouverture d’un lieu de culte dans le XVIIIe arrondissement de Paris, afin de mettre un terme aux « prières de rue » qui avaient suscité des propos nauséabonds de Madame Le Pen. Un débat récurrent revient derrière cette polémique : la France manque-t-elle de lieux de culte musulmans, comme le dit le Recteur Boubakeur ? ou au contraire les mosquées sont-elles vides, comme le prétend le Front National ? Quelques faits, pour dépassionner le débat et rappeler que la multiplication des mosquées en France est probablement la marque de l’intégration de l’islam dans la République.

Un boom des mosquées ?

D’abord, les chiffres. En 2010, il y avait en France 2 368 lieux de culte musulmans, selon le ministère de l’Intérieur, dont 2 052 en métropole. Cela représente 565 sites de plus qu’en 2000. L’augmentation est sensible, puisqu’en 1985 il n’y avait que 500 lieux de culte musulmans au total, et une centaine en 1970. Les régions d’Île-de-France, PACA et Rhône-Alpes représentent à elles seules 811 lieux de culte.

L’augmentation du nombre de mosquées est lié à un phénomène de « rattrapage », l’Islam ayant été longtemps sous doté en lieux de culte. Cela illustre une installation durable d’une population principalement d’origine immigrée, ainsi que l’émergence d’une classe moyenne musulmane désormais capable de financer ces lieux. A titre de comparaison, on recense environ 45 000 lieux de culte catholiques, 3000 protestants, 280 juifs.

Une explosion des minarets ?

Ensuite, la typologie de ces sites. En pratique, il est possible de distinguer entre la minorité des « grandes mosquées » (environ 50), qui adoptent souvent une architecture distinctive (minaret, etc.), et l’immense majorité des « mosquées pavillons », qui sont implantées dans des locaux discrets souvent transformés en lieux de culte, intégrés dans le paysage local. Enfin, il existe des « salles de prière », notamment dans les foyers (environ 300). Les minarets sont donc exceptionnels.

Une mainmise des pays du Golfe ?

Troisième point : le financement. Les lieux de culte musulmans sont aujourd’hui financés par les fidèles : soit par des contributions directes aux associations locales, soit à travers la filiale halal, certaines mosquées accordant les certificats habilitant à produire la viande. Les sources de financement étrangères, qui ont été très médiatiques, sont aujourd’hui totalement marginales, les pays du Golfe s’étant généralement aperçus que leurs dons ne leur permettaient pas l’influence désirée auprès des populations musulmanes, d’ailleurs assez réticentes.

Les solutions de compromis

Dernier élément, la laïcité, qui ne permet pas aux collectivités publiques de financer les lieux de culte (sauf exceptions d’entretien notamment), mais ne leur interdit pas non plus toute intervention. Ainsi, à travers dispositifs juridiques précis et encadrés (garanties d’emprunts, baux emphytéotiques administratifs, financement d’activités culturelles notamment), elles peuvent contribuer à faciliter leur construction. Au demeurant, cela a été le cas pour la cathédrale d’Evry, les synagogues de Sarcelles, Marseille ou Nîmes, les mosquées d Lyon, Marseille par exemple.

Un manque de lieux de culte musulmans ?

Aussi, un constat statique conduit généralement à relever que l’Islam manque encore d’un nombre de lieux de culte permettant d’accueillir tous les fidèles qui le souhaiteraient. Pour autant, d’un point de vue plus « dynamique », les évolutions récentes liées à l’émergence d’une classe moyenne musulmane et aux solutions de compromis adoptées par les pouvoirs publics conduisent à conclure que le manque n’est absolument pas insurmontable et se résorbe progressivement (même si, effectivement, certains difficultés ponctuelles subsistent, comme dans le XVIIIe arrondissement de Paris).

La construction de lieux de culte consacrés à l’Islam marque donc la volonté des musulmans d’organiser durablement la vie de leur religion en France. En ce sens, l’augmentation du nombre de mosquées est donc probablement une preuve de l’intégration progressive de l’islam dans la République.