Obama, Dati : les symboles ne suffisent pas

Voici le texte d’un papier que j’ai publié sur le site d’information Atlantico : Obama, Dati : les symboles ne suffisent pas.

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Le taux de chômage des Noirs-Américains ne s’est guère amélioré depuis l’élection de Barack Obama. La situation n’est pas non plus meilleure en France où les minorités connaissent elles aussi une situation délicate…

E n 2012, aux États-Unis comme en France, le président de la République sortant sera candidat à sa réélection. Dans les deux pays, la situation économique sera au cœur des enjeux électoraux quatre ans après la faillite de Lehman Brothers. Si à Paris, le gouvernement se vante des derniers résultats du chômage (en baisse) et d’un rapport plutôt favorable du FMI, à Washington, les derniers chiffres de l’emploi, marqués par l’installation d’un chômage fort et durable, prêtent moins à sourire et l’institution internationale a été plus sévère

Noirs-Américains : une situation préoccupante

La situation des noirs Américains[1] est particulièrement préoccupante. Le Department of Labor vient de publier un rapport qui présente des résultats alarmants : le taux de chômage des Noirs est de 16,2% (pour 9,1% nationalement et 8% pour les Blancs) et de 41% pour les jeunes !  La situation des minorités est globalement plus défavorable que la moyenne nationale : le taux de chômage des Hispaniques est aussi plus élevé (11,9%). Seuls les Asiatiques connaissent de meilleurs résultats, avec un taux de chômage inférieur (7 %).

Un premier constat est que le diplôme est un très bon bouclier contre le chômage. Mais si les Noirs les plus diplômés ont les taux de chômage les plus faibles de leur communauté, ils sont cependant presque deux fois plus affectés que les Blancs au même niveau de diplôme…

Le deuxième constat, c’est que les symboles ne suffisent pas. Barack Obama est certes le premier Président noir des États-Unis, mais cela ne suffit pas à résoudre tous les problèmes d’une communauté qui connait de très grandes fragilités et difficultés.

Le troisième constat, c’est que ce qui compte, c’est d’abord et avant tout la croissance. Le problème de l’économie américaine, c’est qu’elle ne repart pas, contrairement à de précédentes crises. L’économiste et prix Nobel Gary Becker le rappelait récemment encore : le meilleur des « stimuli » c’est de mettre en œuvre des réformes structurelles favorables à la croissance, ce que l’Administration Obama fait trop peu – voire pas.

En France aussi, les symboles ne suffisent pas

En France, il existe aussi des populations minoritaires qui connaissent (et subissent) des situations particulièrement défavorables. Ainsi, le taux de chômage en ZUS était de 18,6% en 2009 (contre 9,2% dans la moyenne nationale) et même 43% pour les jeunes hommes. Cela tient, notamment à des phénomènes de sous-qualifications et de discriminations en raison du lieu de résidence ou de l’origine. En France aussi, l’éducation est un rempart contre le chômage : les diplômés de grandes écoles sont ainsi bien plus protégés que les autres.

En France aussi, les symboles ne suffisent pas. La nomination des ministres « issus de la diversité », présentée comme une innovation en 2007, a été saluée à juste titre. Mais la situation dans les quartiers populaires reste très difficile. Beaucoup reste à faire !

D’abord, il faut prendre conscience que la diversité est une opportunité. En dépit des débats parfois virulents, les États-Unis ont conscience que l’immigration est une chance : c’est la « très grande force de l’Amérique », comme l’écrivait Fareed Zakaria. Dans ce pays, où un travailleur sur six est né hors du territoire national, on sait qu’une augmentation minime des immigrés qualifiés accroit sensiblement le niveau d’innovation. Cela pourrait être vrai en France aussi.

Ensuite, la France doit se convaincre que l’éducation est une chance qui permet à chacun de réussir. Une étude vient de montrer qu’aux États-Unis, pour la première fois, la proportion d’immigrés diplômés du supérieur dépasse celle des non qualifiés. En France, on débat sur le niveau de régression scolaire des enfants d’immigrés – ce qui est légitime, mais stérile si on ne propose pas de réformes pour apporter des solutions à un constat désolant[2].

Enfin, la France doit poursuivre ses réformes structurelles. La Commission européenne a d’ailleurs encore fait des propositions récentes, soulignant notamment que la résorption de la dette publique était prioritaire. Ces réformes sont nécessaires, car seule une société mobile peut donner sa chance à chacun.


[1]          Les expressions utilisées sont des traductions imparfaites des expressions américaines utilisées par le Department of Labor : « Blacks » est donc traduit par « Noirs », « Hispanics » par « Hispaniques », « Whites » par « Blancs » et « Asians » par « Asiatiques ».

[2]          Sur le constat, voir, parmi tant d’autres, les rapports de l’Institut Montaigne sur l’école ou de la Cour des comptes sur l’Education nationale.

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