Démondialisation : « Ce n’est pas en se refermant qu’on accroîtra les richesses »

Voici le texte d’un papier que j’ai publié sur le site d’information Atlantico : Démondialisation : « Ce n’est pas en se refermant qu’on accroîtra les richesses ».

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La classe politique française, droite comme gauche, se replie derrière de vieux réflexes nationalistes en jouant sur les peurs des Français. Elle en oublie que la libéralisation des échanges et la compétition économique ont toujours été les moteurs du progrès.

Décidément, il ne fait pas bon être étranger en France … Que l’on souhaite s’y établir ou y vendre ses produits, l’ensemble des partis politiques se rejoint pour s’y opposer ! « La France aux Français et aux produits Français », voilà le slogan le mieux partagé des deux bords de l’hémisphère politique.

De gauche comme de droite : la France aux Français

A Droite, l’immigration n’a pas bonne presse et l’on a récemment vu le Gouvernement chercher à restreindre la libre circulation y compris au sein de l’Espace Schengen. La Gauche quant à elle se complait dans des incantations pour dénoncer le capitalisme international et se gargarise de son nouveau pseudo-concept de « démondialisation ». Elle est rejointe par une partie de la Droite, qui vante désormais le « nationalisme économique », version chic et liftée du protectionnisme. Quant à Marine Le Pen, elle dénonce le « mondialisme », qui  serait l’un des deux totalitarismes du XXIème siècle (avec l’islamisme).

Tous les discours actuels ont en commun de jouer avec les peurs des Français : peur d’un afflux d’immigrés alors que la situation sociale est fragile et financièrement périlleuse, peur du « plombier polonais » qui prendrait nos emplois, peur d’une invasion des produits internationaux qui tueraient la production française…

Et le libéralisme, alors ?

On en oublierait presque que le candidat Nicolas Sarkozy, comme d’autres de ces prédécesseurs, avait promis la rupture et vanté le libéralisme économique. On a aussi du mal à se souvenir que ce sont des personnalités de Gauche qui, chez nous, ont animé la réalisation de la mondialisation (Jacques Delors et le marché unique, Pierre Bérégovoy et la déréglementation des marchés financiers en 1984 ; Pascal Lamy à l’OMC aujourd’hui).

On en oublierait presque aussi que la théorie économique est unanime pour décrire les effets positifs de la libéralisation des échanges et de la concurrence : baisse des prix et donc augmentation du pouvoir d’achat des consommateurs, accroissement de la diversité de l’offre y compris dans le domaine intellectuel, meilleure circulation des idées et donc stimulation de l’innovation. L’Histoire ne montre pas d’exemple de pays qui ait rayonné en se renfermant.

La France a peur… du déclassement

Pourquoi avoir si peur ? Cela a été plusieurs fois démontré, les Français ont peur du « déclassement » : ils craignent de régresser socialement. Pour cette raison, ils s’attachent à leurs statuts, car selon l’adage « un « tiens » vaut mieux que deux « tu l’auras » ».

Cela est d’autant plus vrai qu’ils n’ont plus rien à quoi se rattacher. Par le passé, la société française était liée par des formes de solidarités horizontales : les syndicats, les Eglises, les organisations professionnelles notamment. La seconde moitié du XXème siècle a été marquée par l’émergence puis la toute-puissance de l’Etat-Providence, qui a substitué une solidarité verticale (Etat/citoyens) aux précédentes. Le problème est qu’il n’avait pas été mesuré à quel point ce système était coûteux et ne serait pas capable de faire face à des changements structurels profonds – ou que la France ne serait pas capable de le faire évoluer, ce qui revient au même.

Avec les années 2000 et l’accélération de l’ouverture internationale, ce qui devait arriver arriva : l’Etat est entré en crise profonde, remis en cause par les marchés et la construction politique de l’Europe, fragilisé surtout par une dépense publique qu’il ne contrôle plus. Les citoyens se sont retrouvés face à eux-mêmes et à des institutions en difficulté : quand un monde s’effondre, l’angoisse est profonde. C’est donc presque naturellement que chacun s’est tourné vers les dernières formes de solidarités et réseaux disponibles : les plus proches que sont les quartiers, les associations, les communautés et la famille.

Ce n’est donc pas la mondialisation qui a conduit à l’individualisme généralisé : c’est la faillite de l’Etat-providence. Ce n’est pas la concurrence qui fige la société aujourd’hui : c’est son absence. Ce n’est pas en se refermant sur nous-mêmes qu’on accroitra les richesses et améliorera nos performances, c’est en promouvant la libéralisation des échanges, la circulation des hommes et des produits, et la compétition économique.

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